Morceaux choisis d’un marketing de la nuit

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Que vous évoque la nuit ? Pour ma part elle a toujours symbolisé une sorte de mort. Continuer la lecture de Morceaux choisis d’un marketing de la nuit

La Nuit des Musées

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Pour la Nuit des Musées, Sparks vous présente sa sélection de lieux.

A vous de nous dire ce que vous en pensez. 🙂

 

  • Au Musée de la Chasse et de la Nature.

Dionysos, les chants miraculeux de la Terre et de la Nuit : une performance qui se déploie dans plusieurs salles du musée autour du dieu du vin et de la fête.

De 20h à 23h, cycle de 40 min répétée à 20h, 21h et 22h au 62, rue des Archives, 75003 Paris

http://www.chassenature.org/fr/le-musee/programmation-culturelle/nuit-europeenne-des-musees

  • Au Musée des arts et métiers

L’atelier de Light Painting par Lomography, est complet … mais d’autres activités intéressantes sont proposées :

Les Fantasmagories de Robertson pour se replonger dans nos terreurs nocturnes ou Bertillon aux origines de la police scientifique.

Les Fantasmagories de Robertson à 21h et 22h30, atelier communication 1er étage, au 60, rue Réaumur, 75003 Paris.

Bertillon plusieurs séances à 18h30, 19h30, 21h et 22h30, RDV dans le Choeur de l’Eglise, au 60, rue Réaumur, 75003 Paris.

http://www.arts-et-metiers.net/musee/nuit-europeenne-des-musees-2014

  • Au Centre Wallonie – Bruxelles

Une exposition poétique de design, La matière des nuages, Le design du bois en Wallonie et Bruxelles, nous permet de découvrir les designers belges du moment

De 11h à 23h sur la Piazza Beaubourg, 127-129, rue Saint-Martin, 75004 Paris

http://www.nuitdesmusees.culture.fr/musee/centre-wallonie-bruxelles/ndm-999878/

  • Le Musée du Quai Branly

Pour le DJ Set mais aussi pour les Visites surprises où les conférenciers proposent des commentaires des collections sur le thème de la nuit.

A voir également : Fade to Black, une vidéo qui propose la vision nocturne de deux ville : Tokyo et New York. Au cinéma à 20h30.

De 19h30 à 22h30 au 37, quai Branly, 75007 Paris

http://www.quaibranly.fr/en/programmation/festivals-and-events/nuit-europeenne-des-musees-2014.html#c38794

  • La Galerie Musée Baccarat propose une visite nocturne de ses 250 ans d’histoire. Classique et cristallin !

De 18h30 à 22h au 11, place des Etats-Unis, 75016 Paris

http://www.nuitdesmusees.culture.fr/musee/baccarat-galerie-musee/ndm-8400198/

  • On danse à Orsay !

Le grand bal de la nuit aura lieu à partir de 22h sous la commande du chorégraphe José Montalvo.

De 22h à 23h30 au 62, rue de Lille, 75007 Paris

http://www.nuitdesmusees.culture.fr/musee/musee-dorsay/467eea20ffffffce0165381c73b178d3/

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Quarante écus pour un arbre

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Ginkgo

 

A l’époque où la mort était une terreur, la bombe nucléaire – et particulièrement le désastre de Hiroshima et Nagasachi – était devenue, pour moi, l’archétype de l’horreur. Ce chaos ajouté aux millions de morts de la Seconde Guerre Mondiale représentait une peur enfantine certes peu banale mais bien réelle. Dans mon imaginaire, la représentation exacte de cette horreur était la petite fille courant pour échapper au bombardement d’une autre guerre, celle du Viêt Nam. Les enfants aimant à se faire peur je me suis faite raconter de nombreuses fois ces deux histoires tragiques et elles ont fini par se mêler. A elles deux, elles formaient à mes yeux le parfait scénario de l’extinction pure et simple de toute vie et par conséquent elles démontraient comment disparaîtrait notre espèce.

Jusqu’au jour où ma mère me livra une version de l’histoire qui dispersa les profonds nuages chargés de funestes présages sur l’avenir de l’humanité. Alors que chaque élément de vie avait disparu d’une zone géographique étendue autour d’Hiroshima et Nagasachi, un être vivant avait bravé la radioactivité du secteur. A peine un an après le bombardement, alors que tout n’était que désolation, un arbre repoussait à Hiroshima. Une feuille en éventail très graphique, un vert éclatant au printemps, un jaune doré à l’automne, c’était un Gingko Biloba. Cette nouvelle représentait pour moi comme la découverte d’une nouvelle Arche de Noé !

Ginkgo in the Sky

D’ailleurs, à bien y réfléchir, c’est peut-être même de ce bois que Noé fit son arche puisque ce courageux arbuste est un fossile vivant. Sa trace remonte au Jurassique ! Mais c’est bien plus tard qu’on lui donna ce nom légendaire d’arbre aux écus.

Plus exactement arbre aux 40 écus. Après tout quoi de plus normal, me direz-vous, compte tenu de sa belle couleur automnale et de ses feuilles aux formes si étranges, pourtant c’est son prix 25 guinées soit 40 écus qui lui valut son surnom.

Ceci étant l’art s’est chargé de lier les deux légendes relatives à son nom en faisant du Gingko un motif artistique prisé. Très représenté dans le monde flottant des estampes japonaises, il est repris ensuite par les artistes de l’Art Nouveau.

Ginkgo in automn, Yoshida Hiroshi (1929)
Ginkgo in automn, Yoshida Hiroshi (1929)

 

Les images flottantes sont des morceaux de vie. Une image qui s’applique bien au gingko, qui pourrait toutes les traverser, mais c’est sûrement son graphisme qui plait. La technique de l’estampe apprécie la feuille joliment nervurée de cet arbre. Le dessin fait sur bois transcrit un style très marqué fait de contours et d’aplats. Chantre du modernisme les estampes japonaises donnent une belle part à la nature qui est souvent un sujet en soi. Dans ce cadre, les arbres offrent une expression graphique et poétique qui les place au premier plan de ces représentations.

L’âge d’or de l’estampe coïncide en Occident avec l’apogée du paysage. En effet, au XIXème, l’arbre est sujet de l’école de Barbizon mais aussi des Romantiques. Ils sont parfois dégarnis mais n’en perdent pas pour autant leur poésie. Je pense notamment aux arbres de L‘abbaye dans une forêt de chênes de Caspard Friedrich ou encore son Chêne sous la neige.

 

Chênes sous la neige, Caspard David Friedrich
Chênes sous la neige, Caspard David Friedrich

 

Ce qui est également très présent à cette époque en Occident, c’est le regard sur le Japon et les estampes, plus particulièrement le traitement du végétal. Cet attrait pour l’arbre et la nature se réalise dans l’Art Nouveau où le végétal sort du tableau et s’étale dans la vie courante. Il y a bien entendu les stations de métro Guimard mais aussi le mobilier, les ustensiles de cuisine ou de coiffures et les bijoux.

 

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Broche à cheveux, Lucien Gaillard (fin XIXème)

 

Dans ce domaine le ginkgo est très présent. Par exemple, cette broche à cheveux de Lucien Gaillard reprend la forme évasée de la feuille pour y glisser une perle, la tige élancée retenant les cheveux. Lucien Gaillard est passionné du Japon aussi il exploite le motif caractéristique et élégant du ginkgo sur de nombreuses pièces. Ici il est à nouveau présent en émail vert et or sur un fond de velour, le raffinement absolu !

Ecrin, émail vert et or sur velour, Lucien Gaillard
Ecrin, émail vert et or sur velour, Lucien Gaillard

Le motif de l’arbre est visible aussi sur ce cabinet signé Emile Gallé, d’inspiration japonisante.

Cabinet, Emile Gallé
Cabinet, Emile Gallé

 

Pour l’Art Nouveau le gingko répond à la fois à l’exigence du végétal mais aussi à l’attrait de l’exotisme qui est une constante au XIXème siècle.

Aujourd’hui le gingko biloba fait partie du très sérieux cercle des plantes anticancer, grâce à ces incroyables vertus anti-oxydantes. Étrange destinée pour un arbre qui a bravé les dinosaures et la bombe nucléaire de devoir sauver son bourreau.

Ainsi mon intime conviction est que le gingko n’est pas seulement un arbre, de ses feuilles dorées et panachées émane quelque chose de divin. Dans sa grande bonté il accepte, bien que nous ne le méritons pas franchement, de nous prendre dans sa barque d’éternité. Vraiment mes amis, ce fossile est d’or !

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Bruce Nauman – l’art agressif

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Vous connaissez Bruce Nauman ? Lequel connaissez-vous au juste ? Celui qui fait des vidéos, celui qui se fossilise, celui qui peint, celui qui chante ou celui qui joue avec la lumière ?

Attention, nous parlons ici de BRUCE NAUMAN, celui que vous trouverez dans toutes les encyclopédies d’art du XXème. Ce n’est donc pas n’importe quel Bruce, c’est un artiste prolifique, protéiforme et dérangeant, voire franchement agaçant quand il vous présente un clown hurlant a perpétuité comme celui que vous pourrez admirer chez François Pinault à Venise, Punta de la Dogana.

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Bruce Nauman – Studies for Holograms, 1970 (in Staging Action: Performance in Photography since 1960 @ MoMA)

Bruce est un colérique. S’il a commencé son œuvre dans les années 60 par des photographies, sculptures ou performances filmées montrant des parties de son propre corps déformé, disloqué voir découpé, il se rapproche dès les années 70 d’un art conceptuel et minimal en travaillant sur la linguistique, la lumière et les vidéos afin de susciter des perceptions aiguës chez le spectateur. Mais l’idée sous-jacente est toujours la même : le traitement des contradictions inhérentes à l’être humain. Ainsi il opposera le sexe et la violence, l’humour et l’horreur, la vie et la mort, le plaisir et la douleur…

En 1991, il produit l’une de ses œuvres vidéos majeures : ANTHRO/SOCIO (Rinde Facing Camera). Une tête rasée tournante sur six moniteurs et trois murs crie de manière répétée et discontinue avec une gravité étourdissante : « Feed Me/Eat Me/Anthropology », « Help Me/Hurt Me/Sociology » et « Feed Me/Help Me/EatMe/Hurt Me ». Paroles brutales renvoyant à la condition humaine caractérisée par ses dépendances, son malaise, ses désirs. L’encerclement du spectateur par la même vidéo répétée en simultané intensifie la sensation d’oppression. Ces mots peuvent en appeler d’autres dans nos mémoires propres à chacun, tout comme le physique de cet homme rasé assez neutre peut rappeler d’autres visages familiers. Ainsi, plus qu’à un individu en particulier, la vidéo semble s’adresser à la foule, à l’être humain en général (anthropology), aux groupes sociaux (sociology) créant un malaise bien plus important : la violence marquant la mémoire collective.

One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.
One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.

Ses installations lumineuses font écho à ses vidéos et à ses performances. Elles cherchent aussi à immerger le spectateur dans une expérience sensorielle forte. La lumière du Néon étant diffuse et lancinante. Et tout comme avec ses vidéos, il y introduit des éléments linguistiques chargés de sens. Ainsi dans sa forme Bruce Nauman empreinte certains codes de l’art minimal – utilisation de l’espace, formes géométriques, matière brute, répétition – mais charge son œuvre d’une importante teneur psychologique, obsessionnelle voire angoissante de part les associations de mots qu’il utilise et le rythme des néons qui s’allument de manière alternée.

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Ce qui est certain concernant Bruce, c’est sa capacité à s’émerveiller de la modernité. Quoi de plus normal alors pour lui que de triturer des néons comme il manipule les pixels !