dense

Share

illsutration sparks 006

Je me souviens de ce vide

de ce cri humide

sans autre réponse que le vide

Vive cadence

Je croise dans ce monde

les masques tombés

Nos rêves sont trempés

Les images se décomposent

La lumière pénètre la cellulose

L’innocence optimiste et coupable

a laisser gagner cette mystification

de la part des notables

Nous sommes dans la dégradation

La répétition est toujours la même

Il faut refaire la scène

Double lune

Share


La mer

 

 

double lune008

Hanté

Share
Le monstre lorgne à la volée,
d’autres intermèdes éparses,
montre de borgnes passages hantés.
Cherchant sans borne, sa futur farce,
Des mots d’esprits, des mots chantés
servant sa haine venue de mars.
Par des échanges distancés
Couvrant sans peine à la garce
Son effarante férocité

Vide

Share

Espace blanc.

Rigide et Froid. La terreur est en moi.

Espace collant et mou.

L’amant et le caoutchouc.

Synthétique. Je panique.

Espace dense et brulant. Je suffoque.

Espace fluide. Vaste. Vide. Je me leurre.

Et puis l’espace noir. Sans miroir.

Je me meurs.

 

 

Texte et Photographies: Pauline Brami

Ouverture

Share

Quatre murs 

S’entrecroisent des ondes

La poudre et la pluie tombent

Le plafond et le sol de confondent 

Allongée dans la pièce minuscule 

Je regarde le ciel azur

La résine transparente est collante.

Mon corps s’enfonce dans cette texture.

Lentement agrippante.

Bientôt l’air vient à manquer

Pourtant mes yeux restent fascinés 

Par les images aux pièces manquantes 

Qui défilent, lancinantes,

Et dessinent de nouvelles ouvertures.

Espace-Pauline Brami - _11Espace-Pauline Brami - _1Espace-Pauline Brami - _8Espace-Pauline Brami - _9Espace-Pauline Brami - _10

Texte et Photographies : Pauline Brami

L’extinction des lucioles

Share

L’extinction des lucioles et la pollution lumineuse par Pauline brami

Depuis le siècle des lumières et l’invention de la lumière à gaz, l’homme n’a cessé de vouloir éclairer le monde au sens propre comme au figuré. Alors que les avancées scientifiques spectaculaires prédites par ces penseurs du XVIIIème sont effectivement devenues le faire valoir d’une société occidentale optimiste, des dommages collatéraux sur la nature, eux non prévus, ont également vu le jour, allant à l’encontre même d’une autre idée des lumières à savoir la glorification de la nature. Pier Paolo Passolini présenta en 1975 le phénomène de la disparition des lucioles comme un exemple des conséquences dévastatrices de l’industrialisation. Produits industriels, les éclairages artificiels publics se propagent à une vitesse fulgurante depuis une vingtaine d’années et menacent la survie de nombreuses espèces végétales et animales ainsi que la santé humaine.

Mais d’où vient la volonté de lutte contre l’obscurité?

L’homme est un animal diurne. Son sens le plus précieux, la vue, trouve ses limites dans l’obscurité. C’est cette impuissance innée face à la pénombre qui a rendu la nuit empreinte de peur et d’angoisses. Dans les mythologies et les contes les plus anciens, la nuit abrite les figures démoniaques, les loups-garous, les vampires, le danger et les douleurs. Dans le noir, notre vision est voilée et nos facultés de discernement perturbées. Aussi, quand les philosophes du XVIIIème oeuvrerent pour la diffusion du savoir contre les dogmes religieux, cette dichotomie entre la lumière et l’ombre s’est imposée. La lumière devint synonyme de connaissances, de progrès et de bonheur terrestre tandis que l’obscurité et les ténèbres servirent à qualifier la métaphysique, la religion, l’ignorance et le mal. Depuis, la propagation des éclairages urbains est venue répondre à ce besoin de sécurité. Les sources de lumière artificielle se sont multipliées : chaque année éclosent de nouveaux panneaux publicitaires lumineux, des éclairages sophistiqués pour revêtir les façades des monuments classés, des enseignes commerciales néonesques, des phares portuaires toujours plus grands…  Rien qu’en France, les points lumineux de l’éclairage public ont augmenté de 64% en vingt ans.

Or, l’obscurité est nécessaire à la régénérescence des tissus de notre corps, à l’équilibre des écosystèmes et à la survie de nombreuses espèces.

Pour la santé humaine, des recherches médicales menées par des universités américaines et l’Organisation Internationale de la Santé démontrent la corrélation entre la luminosité nocturne et la désynchronisation hormonale facteur de migraines, de fatigue diurne, de stress, d’anxiété, de troubles visuels comme la myopie et de cancers.

Chez les espèces animales et végétales, la nuit rassemble les conditions idéales de développement et de vie pour de nombreuses espèces. Deux tiers des oiseaux migrateurs voyagent de nuit en s’orientant grâce au clair de lune et à la position des étoiles. Aujourd’hui les lumières urbaines les déboussolent.  Chaque année, des milliers d’oiseaux viennent se heurter aux monuments et tours d’immeubles éclairés ou se tuent par épuisement à force de tourner autour des phares provoquant de véritables massacres.  La nuit du 8 au 9 octobre 2000, un millier d’oiseaux s’est tué lors de la mise en lumière du nouveau pont entre la Suède et le Danemark. En Pologne, à Olsztyn la mairie a fait le choix d’éteindre sa plus grande tour après avoir observé que des grues cendrées tournaient autour complétement perdues au lieu de poursuivre leur voyage migratoire.

D’autres espèces sont dites lucifuges. A l’inverse de l’homme, elles ont peur de la lumière qui agit comme une barrière. C’est le cas des zooplanctons qui ont l’habitude de revenir la nuit à la surface des lacs pour se nourrir des algues. Leur régression est notable au sein des eaux illuminées par les villes. De même, les tortues de mer peinent à rejoindre la mer lorsque le littoral est éclairé. Rejoignant la plaine, elles meurent tués par des prédateurs ou par épuisement. Les papillons de nuit sont eux aussi réticents à la lumière. Beaucoup plus nombreux que les papillons de jour (4500 espèces de papillons de nuit contre 260 espèces de jour), ils sont indispensables à l’équilibre des écosystèmes car ils constituent de fervents pollinisateurs. Leur régression corrélée à l’augmentation de la lumière nocturne vient modifier indirectement l’état de la flore. Cette dernière souffre également directement de l’éclairage artificiel. Les phases de repos des plantes sensibles à la lumière se trouvent réduites. Leur photosynthèse normale est perturbée. En conséquence, la chute des feuilles est retardée et les récoltes diminuent.  Les lucioles ainsi que les vers luisants communiquent en période de reproduction grâce à leur bioluminescence. Les soirs d’été, les mâles ailés volent et émettent des signaux lumineux pour que les femelles puissent les repérer. L’éclairage artificiel entrave les possibilités de leur rencontre et met ainsi en péril la survie de ces espèces. Mais elles ne sont pas seules, bien d’autres encore sont affectées massivement par l’invasion lumineuse.

Pour revenir à l’homme, si l’éclairage constant lui était bénéfique, comment expliquer l’usage de la lumière continue comme moyen de torture pour faire parler les détenus ?

L’observation des étoiles encore possible aujourd’hui dans les zones rurales, mais impossible en zones urbaines à cause des halos lumineux, deviendra-t-elle un jour qu’un souvenir amer?

Visualiser-pullution-lumineuse-nuit-astronomie

Le principe de précaution signée en 1992 à Rio préconise que nous n’attendions pas les effets négatifs pour agir.  Or, la solution première semble simple. Il faut redonner à la nuit, à la pénombre sa valeur et prendre conscience de sa nécessité pour la vie terrestre. Sur un plan plus pragmatique, il faut éviter l’éclairage de nouvelles zones et optimiser l’usage de la lumière artificielle en limitant sa durée, en réduisant son intrusion dans des zones n’en nécessitant pas et en adoptant de nouvelles technologies d’éclairages intelligents (LED à détecteurs de présence par exemple). Afin de sensibiliser le plus grand nombre à la pollution lumineuse, à la protection de la biodiversité nocturne et du ciel étoilé, l’événement « le Jour de la nuit » organisé chaque année depuis six ans en France organise des ateliers pédagogiques avec des scientifiques et invitent les villes à éteindre leur éclairage public. Elle oeuvrera cette année, le 20 septembre 2014, sur la présentation de la loi sur la transition énergétique au parlement prévu cet automne.

Pour faire réapparaître les lucioles […] il suffira de rendre à la nuit elle-même son pouvoir de latence et de prégnance. Il suffira de l’accepter. D’accéder à son pouvoir de visualité qui se nomme : l’obscur. George Didi-Huberman[1]

pollution lumineuse luciole

tsuneaki-hiramatsu-2
(c) Tsuneaki Hiramatsu

Pour aller plus loin :

Le site de l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes

Processed with VSCOcam with g3 preset
(c) Pauline Brami

Sources:

[1] George Didi-Huberman, Lumière contre Lumière. Actes sud

Photographie en en-tête de Tsuneaki Hiramatsu

pollution lumineuse luciole

La cire sacrée

Share

Tantôt associée à la lumière et au soleil sans lequel les abeilles ne pourraient vivre, Continuer la lecture de La cire sacrée

Golden hair

Share

« La blondeurc’est l’or, la lumière, la richesse, le rêve, le nimbe » écrivit Stephane Mallarmé.

L’or attise depuis tout temps les convoitises. Les cheveux blonds aussi. Ils renvoient tous deux à un monde d’évocations semblables. Symbole de puissance solaire, d’innocence, d’élévation ou encore de séduction charnelle, la blondeur a été consacrée par les légendes, mythologies et idéologies comme objet de fantasme ambivalent, modèle de vertu ou de vice selon les époques et les cultures.

Franck Cadogan Cowper (1907) Vanity
Franck Cadogan Cowper (1907) Vanity

La chevelure envoutante et trouble

Ses cheveux étaient une toison d’or humide, chaque cheveu semblait un fil d’or fin dans une coupe de verre. Oscar Wilde, Le pêcheur et son âme

Dès l’antiquité, des dieux et des déesses mythologiques, faisant figures de maîtres à penser pour les hommes, ont pour trait distinctif une blondeur miroitante. Les cheveux d’or d’Apollon tels des rayons solaires, évoquent ses valeurs de perfection, de lumière et de passion enflammée. Pour Déméter, cette chevelure assimilée au blé exprime le pouvoir de renouvellement de la nature. Le caractère invincible et puissant d’Achille ou d’Héraclès, deux héros majeurs, est personnifié par leur chevelure éclatante. Critère de valorisation divine selon les mythes, la blondeur s’est ainsi établie comme un symbole d’enchantement dans la mémoire de l’humanité.

Les représentations bibliques ont, elles aussi, déroulé le fil d’or qui a permis à la blondeur de se parer de nouvelles significations. On l’associe là à un caractère dual : elle qualifie à la fois la figure divine et profane. Ainsi, dans l’iconographie chrétienne, les anges sont dépeints avec des boucles claires, Marie qui incarne la pureté et la virginité est parée de cheveux blonds et les saints sont nimbés d’une auréole d’or telle une crinière solaire. Dans une perspective autre, Marie-Madeleine, dotée de ses longs cheveux ambrés qui recouvrent son corps nu, fait l’allégorie de la luxure et de la séduction.

Fra Angelico peintre de la Renaissance italienne, peint ici à l’or fin les cheveux blonds de la Vierge de l’Annonciation.

Fra Angelico, vers 1432-1433, Annonciation (détail), Cortona, Museo Diocesano

Le même procédé est utilisé par Gregor Erhart pour sa scultpture de Marie-Madeleine dont la représentation se rapproche de celle de Venus de Boticelli, évocatrice du charme sensuel.

Boticelli (1444/45-1510), Venus, Staatliche Museen Berlin
Boticelli (1444/45-1510), Venus, Staatliche Museen Berlin
Gregor Erhart (1470-1540), Saint Marie-Madeleine, Musée du Louvre
Gregor Erhart (1470-1540), Saint Marie-Madeleine, Musée du Louvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Blondeur comme motif artistique complexe

La nature captivante et dangereuse de la chevelure d’or est une figure reprise par les légendes telles que celle de La Loreley contant le destin d’une femme ambigüe à la chevelure ondoyante ; elle  envoute tout homme croisant son chemin et de sa beauté fracassante provoque leur mort. Souffrant elle-même d’une paradoxale solitude, elle finit par se suicider en regardant son propre reflet. Trouble, belle et malheureuse, c’est la femme idéalisée d’Apollinaire qui lui dédit un poème lyrique de son recueil Alcools (1913) lequel commence et finit par l’évocation de la chevelure blonde.

À Bacharach il y avait une sorcière blonde

Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

{…}

Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley

Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Dans une époque plus moderne, l’idée de créature féminine blonde et énigmatique a été le trait stylistique marquant des films d’Hitchcock. Selon lui «la femme blonde est comme le suspense {…}. Plus grande est la part d’imagination, plus grande est l’émotion. ». Ainsi, le caractère maîtrisé et sec de ses héroïnes permet d’évoquer avec subtilité une vie intérieure enflammée et cauchemardesque. Les névroses.

L’extrême blondeur

Le pouvoir envoutant de la blondeur a été manipulé à des fins extrémistes, telle l’idéologie conçue par Adolf Lanz, préfigurant le nazisme, qui met en exergue cette qualité comme premier critère de supériorité de la race Aryenne. Sur la base de ce critère seul, s’ensuivront des comportements des plus troublants pour notre espèce. Anselm Kiefer, artiste allemand né en 1945 s’interroge sur l’identité germanique d’après guerre ; hanté par les poèmes de Paul Celan, poète martyre de la seconde guerre mondiale, il choisit de représenter la blondeur de Margarete – image de l’Allemagne – par de la paille, matière pauvre qui évoque la misère, la sècheresse, la ruine, l’extrême dénuement. Ainsi, la dorure perd de son éclat.

Anselm Kiefer (1981) margarete
Anselm Kiefer (1981) Margarete

L’impérialisme oxygéné

Fruit de l’association de deux allèles récessifs, les blonds ne sont seulement que 3 millions sur une population de 6 milliards. Tout comme l’or, la rareté de cette qualité ne fait que décupler son attrait.

De la pin-up à la crinière oxygénée, est né le mythe de star hollywoodienne figuré par Jean Harlow, Mae West ou encore Marilyn Monroe. Ce modèle mis en valeur par le septième art provoque un fanatisme blond à partir des années 40, quand une vague de décoloration se propage aux Etats-Unis. Depuis, la blondeur s’est imposée comme un diktat esthétique et féminin sans pareil qui n’est même plus exclusivement réservé à une typologie nordique, en prouve les physiques japonais ou d’origine africaine. Et ceci grâce à la décoloration qui est devenue pour les cheveux ce que la pierre philosophale aurait pu être pour le plomb se transmutant en or.

Marilyn (1953) 'Gentlemen prefer blonds'
Marilyn (1953) ‘Gentlemen prefer blonds’

Epiphanie de la banalité – William Eggleston

Share
Apparu dans les années 20 aux Etats-Unis, le tube à Néon devient très vite la matière phare des enseignes commerciales et autres panneaux publicitaires. Les couleurs criardes de William Eggleston renvoient à cette source lumineuse, froide et vibrante laissant une atmosphère étrange se répandre à travers ses clichés.

 

william-eggleston-drink
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

 

Des fast-foods, drive-in, motels au bord de l’autoroute. Un supermarché, un téléphone, une grand-mère à la coiffure bien soutenue. Un verre de limonade ou une affiche publicitaire. Des sujets d’apparence prosaïques.

Et pourtant.

Un sentiment étrange d’ennui et d’élévation. Les personnes paraissent vides d’enthousiasme au milieu de ces lieux aux allures consuméristes. Une atmosphère fantasmagorique semble se poser sur des scènes quotidiennes. L’œuvre photographique d’Eggleston interroge et mystifie le réel par la manipulation des résonnances de couleurs et des cadrages originaux. Les reflets fuchsias des néons imprègnent le paysage américain, étendu et silencieux. Le soleil d’or du sud des Etats-Unis intensifie les briques saturées et la peau tannée des jeunes filles. Les plans légèrement obliques et rapprochés sur des objets  ordinaires (téléphone, enseignes lumineuses, ampoule,…) nous laissent dubitatifs. L’idée du photographe est-elle de transfigurer la fonction première de ces objets ? Cherche-t-il à révéler une beauté qui leur seraient propres et que nous ne verrions pas par ailleurs ? Ou au contraire, veut-il dénoncer la futilité de cette modernité ? Il n’en demeure pas moins que l’on s’interroge.

William Eggleston, Untitled (Frontier Sign) from Lost and Found, 1965-1968
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Né en 1939 dans le Tennessee, William Eggleston est aujourd’hui connu comme l’inventeur de la photographie couleur. C’est en 1976 que le Moma lui offre sa première exposition. Celle-ci fait scandale. La photographie couleur jusque là réservée à la publicité et considérée comme vulgaire, n’avait jamais figuré dans un musée. De nombreux photographes contemporains suivront sa démarche par la suite sans pour autant réussir à recréer sa colorimétrie criarde obtenue par le biais d’une technique  qui demeure encore mystérieuse.

Les photographies de William Eggleston ont inspiré de nombreux photographes contemporains tels que Martin Parr, Nan Goldin, Jeff Wall ou encore Juergen Teller ainsi que des cinéastes américains à l’instar de Gus Van Sant et David Lynch. Il a récemment été récompensé de l’Outstanding Contribution to Photography award décerné par l’Organisation Mondiale de la Photographie (WPO).

dust_bells_v1_h
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
Untitled, Greenwood, Mississippi, 1973
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
william_eggleston_2
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Retrouvez la biographie et l’actualité de William Eggleston sur https://www.artsy.net/artist/william-eggleston