La pente

Share

On ne peut la poursuivre

qu’au fond de la lagune

entre les sursauts bleus et les reflets d’ambre,

presque contre les absences aimées,

là où tout débute,

dans les silences, les apostrophes.

 

Tout s’effondre sauf elle,

prédestinée à l’affaissement

natal ; sa vitesse caresse les

carcasses.

 

Peut-être est-ce un toboggan

ou plutôt un escalier descendant d’un ciel vide

balayé par les vents chauds et suaves

où les corps s’imprègnent des mouvements :

ils tendent leurs bras, enlacent et électrisent

les êtres, puis ceux-ci déclinent

alors que des échos crient dans leurs chutes

équivoques.

 

Il est temps de gravir le promontoire

en laissant bottes et manteaux

au bas des gravas. L’eau première déborde déjà

sur la grève.

Les déshérités

Share

Nous sortons de cette nuit
Où des tigres sabrent les eaux multiples,
Nous sortons de ces champs de cuivre
Où nos plaies se soudent de la vibration du métal premier,
Celui poli le long des allées d’ocre.

Armée des inerties, armée sous hypnose,
Secrète et fragile, tracée d’une traite
Sur la couverture en lambeaux d’un carnet
Noir animal,
Elle avance en dehors du sommeil
Comme une morsure atonale.

Tous disparaitront,
Puis, lorsque viendra l’orage,
Je serai seul face au tombeau.

Hôtel Terminus

Share

hotel

Cet hôtel est vide,

situé en contrebas de tréfonds

qui ne mènent nulle part, sinon vers le médiocre,

où le froid ocre palpe avidement les murs d’écailles de ses mains grasses,

où rien ne bouge ni ne s’élance, sinon la poussière épaisse et suave

contre notre gorge,

tout crie à rebours, tout est bruit et désir sauvage.

Nous parlons ici d’une cage de membranes en déshérence.

Nul n’y pénètre

sans risque ; des restes de soupirs, de contraintes, il n’y a que ça,

il n’y aura que ça ; ce non-lieu broie les crânes, les éclate en morceaux

denses et abjects sur les parois,

avant qu’ils ne glissent langoureusement

sur un sol quelconque.

Pourtant, c’est toujours l’époque des grands soleils, lacérant l’océan

par de larges traits écarlates, de ceux qui ravivent

les crépis dégueulasses

en écartelant leur chair molle,

pâle et pointue.

C’est l’époque de feu, c’est l’époque fondue.

Mâts et drapeaux se plantent dans cette cave céphalique, en son milieu.

Ils en arrachent les pitoyables apparats.

Mâts et drapeaux s’inscrivent dans l’éther.

Ils éclatent les fibres nerveuses qui s’étiolent en des toiles superposées,

en des toiles de jute qui porteront la corde à nos envies,

dont les lèvres écaillées se dessècheront en fruités lambeaux.

L’hôtel rouge à l’heure des insomnies.

Au lieu que la vie ne cesse de souffler sur les parois pentues et fragiles,

elle explose en grosses ecchymoses, hurle à mille temps et s’extrait

d’un geste des environs communs pour retrouver,

haletante, le silo en hémisphère.

Encore de la compassion, encore de la profanation.

Pourfendues en leurs entrailles,

le personne dévore leurs enfants de paille,

de faille.

Cet hôtel est vaste, et j’en caresse les murs

de ma paume, recouverte d’échardes ardentes.

Fractions et fragments de vie se collent entre les peaux

des os décollés, alors qu’un temps radieux inonde

de couleurs

et de lumières le décor.

 illsutration sparks 003

Texte: Pierre-William Fregonese

Illustrations: Pauline Brami

Aux ombres

Share

À mes ombres

déloyales, lardées de danses et d’insuffisances

à même de lézarder l’astral dès lors

qu’une courbe détourne l’alliance

d’un rond de foire en déshérence ,

et la radio essaye d’éviter le pire

des échos lévités d’ici-bas.

À mes ombres

de combats, de solitude de prélats,

de hasardeux souterrains bien au fond

des convenances de bazar ;

elles avancent en taffetas

elles tombent aux ébats

fraternels.

À mes ombres

aux allures de Mustang ,

de celles qui me happent trop tôt,

me laissant tardivement entre les dunes

sous une voûte de soie rose,

vêtu d’arides ecchymoses.

À mes ombres

blondes que je voudrais revoir,

brunes que j’aimerais encore décevoir,

aux autres aléatoires que j’embrasserai bien tard.

À leurs ombres,

vides.

Cinema America

Share

Lui taquine la suie d’artiste,

attise celle qui tapine

le long des chimères de calcaire

appauvries en artères à long cours,

et, son talent en arrière-cour,

pense à l’autre, à ses jambes blanches,

à ses hanches, ses cheveux d’épeautre.

 

Il s’assoit au beau milieu du carrefour,

des cadres roses et lumineux en son pourtour

aussi bien agencés que ses idées moroses ;

elles tournoient à la lumière vespérale

au fond d’une atmosphère toute minérale

où se font encore plus forts les profonds râles.

 

L’arbre vécu se tient, lui, droit,

ses écus brûlent la couleur

sur le pavement automnal ;

le feuillage reste en suspension.

De ce forum outrageant, elles sortent,

ces profondes écailles bleues

ou bien vertes qui se déposent

sur ses paupières d’avant-garde.

 

Une bouteille féconde la furie

contre la chambre océan, contre lui.

Et les fards d’alors reflètent cet ambre

d’un coucher de vent sur les immortelles ;

il reste, et puis il survit dans sa nuit.

 

November 15

 

Texte: Pierre-William Fregonese

Illustration: Pauline Brami

Les parcs cintrés

Share

Et les infinis s’embrassent

avant que l’on ne s’efface

dans la moiteur d’avant soir.

 

Et les infinis s’enlacent

après la ronde fugace

des langueurs dans l’entonnoir.

 

Et les infinis s’amassent

bien vite, bien tard, hélas,

pour se perdre dans le noir.

 

Alors clameurs et regards

retournent dans les ciels jaguar,

derniers jalons ; et tu passes.

Balancement

Share

 

Près de la ruelle, sous la porte cochère,

aux premiers émois qui ne restent

que de vagues trépas,

naguère nous nous balancions d’avant

en arrière,

avant de nous recroqueviller remplis de brumes

sous cette verrière

opaque.

 

m020 copie

 

 

Même moment, plus tard. La nuit s’affale et les Parques débarquent,

étouffant l’intervalle des jours.

 

Sous l’arc en palindromes,

les mots

se composent en anneaux,

puis l’enfilade les sépare,

et vient alors l’enfer

sous cette verrière devenue claire.

 

m020b

 

Texte: Pierre-William Fregonese

Illustrations: Pauline Brami

Sphère(s)

Share

PAO_1376 copiePAO_1377 copie

 

Ah ! parce qu’elle est plus rapide,

laisse un tracé de couleur pourpre

– de ce rouge si particulier d’Andrinople –

et coupe proprement les espaces sans matière

avec ardeur, rigueur et manière !

C’est la raison qui m’amène à choisir et ravir ce rayon.

 

Et la pente bleue au loin ? Regarde, ne s’ouvre-t-elle pas devant nous,

ne s’offre-t-elle pas sans remous ?

 

Ne prends pas cette côte escarpée, elle vacille sous ses faibles lumières,

elle vocifère un dialecte de là-haut.

Choisis l’un ou l’autre de ces monceaux de pierre que projettent

hier et que nous devons saisir au vol

d’une parole.

 

Eh ! nous tomberons dans une autre atmosphère avec fracas,

croulant sous leur poids et nous brisant en un sombre éclat !

 

Alors nous tomberons, toi puis moi, puis nous.

Peu importe les émois, les couleurs se mélangeront et les matières

s’interpelleront au-dessus de nos consciences, et cela s’agrègera.

Puis viendra, sans un bruit, une détonation fauve.

Et l’expansion reprendra, en une large bouffée, sa sphère tout entière.

PAO_1378 copie

 

PAO_1375 copie

 

Texte: Pierre-William Fregonese

Illustration: Pauline Brami

Ensembles blancs sur grands ensembles

Share

 

 

Façade sèche et appauvrie qui craquèle en couches de crépis

et abritant de fausses arcades majeures,

celles-ci parfaites d’une teneur taupe,

voilà la porteuse des jardins vagues ; ils lévitent en Corbuserie.

 

Ample,

une suite de brèves ombres basanées

et chauffées à blanc

court élégamment

de gauche à droite

en une file psalmodiée,

laquelle évite et s’abrite tout autour,

bien qu’il n’y ait guère plus que son pourtour.

 

Le grain se fait de plus en plus fort, la scène s’en lave les mains.

Les grands ensembles, pas plus que des hauts escaliers,

se descendent en arrière,

en rebroussant baldaquin.

 

 

espace006 copie

espace007 copie

 

Texte: Pierre-William Fregonese

Dessins: Pauline Brami

 

Les cloisons réversibles

Share

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’imposent, versatiles, à demeure

sous une pluine courbe.

 

(Première révolution)

5

 

L’une pivote face à sa jumelle,

laquelle tourne le dos au couloir où un mur

en impose par son humeur défiante au reste de la parcelle

vide d’un dieu de faïence.

Elles s’élancent.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles, alors qu’elles s’étendent, franchissent

un pallier. Niveau en contrebas ; c’est la chute.

 

(Deuxième révolution)

4

 

Nous ne pourrions mourir le long de ces cloisons décédées,

elles retiennent l’espace en leur largeur.

Puis l’aspiration les rend en un bloc monocorde :

Diptyque en déshérence lacéré de traits grenat.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’étiolent de part en part,

perdant leur couleur,

sous les regards hâbleurs qui écoutent aux portes.

 

(Troisième révolution)

 

Mortes, décharnées sur les sols en hauteur,

les cloisons explosent et frappent les espaces successifs

qui se glissent sur les récifs des vides oblongs.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’éparpillent sans allonge

au souffle de la matte silencieuse.

 

7

 

 

Texte: Pierre-William Fregonese
Illustrations: Pauline Brami

Mouvance

Share

Chaque fois, chaque instant,

où mon regard se souvient s’être eventré du haut de son perchoir,

il beugle à qui l’entend, crevant et cisaillant

l’espace lumineux

pour mieux descendre vers lui, contre lui

au creux des espaces d’avant.

 

Lors de mes jeunesses déterrées que je prends désormais

pour prouesses,

Mes deux minuscules yeux demeurent sauf,

nostalgiques,

d’avoir arraché – de rage – l’opercule.

 

Aucun éclat d’embarras sur ce sentiment

éclectique,

qui n’appartient qu’à mes pas.

 

Aujourd’hui, le mouvement de mes ellipses contrites – celles horizontales, celles verticales, lesquelles produisent un cliquetis tout ou presque métallique – allongent une marche, un déclic enchâssé dans une autre marche qui s’étend dans l’espace : tout droit vers le précédent.

Texte: Pierre-William Fregonese

Victoire thiérée

Photographie: VICTOIRE THIERREE

Black diamond, 2013, Ohio.
Tirage baryté, bois, mine graphite.
60 x 80 cm.

Oraison sur déserts

Share

L’onde tombe sur les tributs,

soufflant la surface par delà nuits et brises

par une chaleur laiteuse sinon éprise.

Sur tes lèvres de pendu,

assoiffé, et mal vêtu,

j’erre de sables claniques en cliniques gravas,

comme un forcené au milieu d’une oasis

dont le nom s’est perdu,

et qui se débat.

Le soleil – pleine orangeade – se déverse

en larges parts,

hors de ses serres en granit.

Décousus en détour,

des faubourgs arabiques se meuvent

en air fabriqué

de toute pièce,

et ce au milieu du désert à l’oeuvre.

Espace-Pauline Brami -

Texte : Pierre-William Fregonese

Photographies : Pauline Brami