dense

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illsutration sparks 006

Je me souviens de ce vide

de ce cri humide

sans autre réponse que le vide

Vive cadence

Je croise dans ce monde

les masques tombés

Nos rêves sont trempés

Les images se décomposent

La lumière pénètre la cellulose

L’innocence optimiste et coupable

a laisser gagner cette mystification

de la part des notables

Nous sommes dans la dégradation

La répétition est toujours la même

Il faut refaire la scène

La pente

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On ne peut la poursuivre

qu’au fond de la lagune

entre les sursauts bleus et les reflets d’ambre,

presque contre les absences aimées,

là où tout débute,

dans les silences, les apostrophes.

 

Tout s’effondre sauf elle,

prédestinée à l’affaissement

natal ; sa vitesse caresse les

carcasses.

 

Peut-être est-ce un toboggan

ou plutôt un escalier descendant d’un ciel vide

balayé par les vents chauds et suaves

où les corps s’imprègnent des mouvements :

ils tendent leurs bras, enlacent et électrisent

les êtres, puis ceux-ci déclinent

alors que des échos crient dans leurs chutes

équivoques.

 

Il est temps de gravir le promontoire

en laissant bottes et manteaux

au bas des gravas. L’eau première déborde déjà

sur la grève.

feu extraterrestre

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Mon terrien,

la guerre que nous avons perdue a débuté. Quelque temps encore, nous jouerons les conquistadors, montant nos vifs météores pour chevaucher la fange que l’Eldorado dore. Quelques batailles encore, nous rebondirons entre les raquettes de la vie et de la mort, remontant de nos efforts opiniâtres mais résignés nos ressorts. Quelques offensives encore, nous combattrons toutes dents dehors, persévérants mais certains de ne jamais revenir au score. Puis, quand nous aurons épuisé notre énergie de feindre, quand le général troquera sa panoplie de soldat contre son costume de croquemort, nous irons, plastronnants picadors, passer la muleta du destin en simulant d’en ignorer l’inexorable sort.

Ne crois pas, mon éloigné, que l’absurdité de la guerre dicte la folie de mes mots : nous allons perdre la guerre car nous l’avons déjà perdue et avant que ma lettre ne te parvienne, déjà, le temps m’aura donné raison. L’issue est certaine, il ne reste à la fatalité qu’à décider des détails, la manière, l’instant, le nombre.

La campagne de HL-2909 est bien différente de celle de JS-0804. Ici, nos bombes d’antimatière sont inopérantes : aussitôt qu’elles explosent, elles sont englouties par la gueule de gigantesques vortex qui pullulent dans le vide. Sous cette atmosphère inerte, les balles-ondes refusent de sortir des canons de nos fusils et le noir plasma gluant recouvrant cette planète de gaz neutralise grandement nos munitions à concussion. Mais aucun de ces motifs n’est la raison de notre défaite annoncée : nous ne pouvons pas gagner, car ils ne peuvent pas perdre ; nous ne pouvons pas vivre car ils ne peuvent pas mourir.

Il y a quelques jours, mais je devrais parler en heures car il y a tant d’astres dans cette galaxie que la lumière est éternellement présente et illumine continuellement HL-2909 d’un éblouissant nimbe cuivré, d’où son surnom de planète aveugle, j’ai été le témoin d’une scène qui a formé en moi la certitude de notre débâcle.

Allongé sur le sol, abrité derrière mon dissimulateur, un couple de fumeroles valsant quelques centimètres au-dessus de l’extrémité de mon arbalète, j’observais à travers sa lunette le cadavre convulsant dont je venais de mutiler la beauté. A mesure que ramollissait la corne saillant de son front, sa bouche unissant ses deux crânes kaki écumait, vomissant sur son corps couleur pétrole des nappes que quatre hauts soleils irisaient. Jamais jusqu’alors je n’avais tué si splendide être, et je dois te confier mon absent, que j’accompagnais mon arme dans ses élans en la bandant et déchargeant le magma étincelant qui poudra ses cheveux de clairs astres de bronze. Alors que ma main gauche cherchait une flèche dans mon carreau pour soulager son agonie, une nouvelle créature s’immisça dans ma ligne de mire. Elle s’approcha du corps étendu et s’envola soudain, entraîné par sa queue qui s’élevait au-dessus de sa tête. Stupéfaits, transis de fascination et d’épouvante, mes yeux aimantés par cette majesté de clair métal ne m’appartenaient plus. D’abord je vis des mouvements furieux. Ensuite, j’entendis une miraculeuse musique. L’alien flottant agitait au-dessus de la dépouille ses mains, et puis ses bras, et jusqu’aux épaules, ciselant l’air mort, sculptant dans le vide massif d’invisibles arabesques onglées, enveloppant le néant de gestes de dentelle à la manière d’un chef d’orchestre. La sorcellerie commençait seulement. De sa queue tendue à en crever le ciel, s’échappait des sons lumineux, des arcs sonores et multicolores, des hélices aigües et rouges, des traits verts justes et faux, des spirales bleu grave, des volutes, des colonnes, et des serpentins, des lignes et des courbes, toutes colorées, toutes mélodieuses, comme une harmonie d‘artifices tiré depuis elle, qui s’en allaient s’enrouler, tournoyer autour du mort, l’emmitoufler, ricocher sur sa peau, et le traverser en tous sens. Il se souleva horizontalement, immobile à 1m du sol, porté par la musique, et peu à peu je vis s’entrouvrir ses écluses gelées. Le concert d’infinitésimales secondes qui parurent d’interminables siècles ranima ma victime. Je repoussai la flèche au fond du carreau, me levai, et rentrai au vaisseau, ébahi de cette médecine inouïe.

Mon séparé, comprends-tu désormais mes premières paroles ? Ces êtres sont presque immortels. Ils règnent sur des dimensions dont nous ne soupçonnions pas l’existence.

Condamné à mort ou à l’exil militaire, j’ai choisi la guerre dans l’espoir de racheter au combat mon retour vers toi. Il n’y aura pas de triomphe, ni de second voyage. Je te laisse mon ange la paix et le paradis. Console-toi : l’enfer de la guerre est peuplé de beaux soldats !

Ton feu extraterrestre.

anti manifeste 1 Pauline Brami

Texte : Jasper Vilin

Illustration: Pauline Brami

Double lune

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La mer

 

 

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Balancement

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Près de la ruelle, sous la porte cochère,

aux premiers émois qui ne restent

que de vagues trépas,

naguère nous nous balancions d’avant

en arrière,

avant de nous recroqueviller remplis de brumes

sous cette verrière

opaque.

 

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Même moment, plus tard. La nuit s’affale et les Parques débarquent,

étouffant l’intervalle des jours.

 

Sous l’arc en palindromes,

les mots

se composent en anneaux,

puis l’enfilade les sépare,

et vient alors l’enfer

sous cette verrière devenue claire.

 

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Texte: Pierre-William Fregonese

Illustrations: Pauline Brami

Sphère(s)

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Ah ! parce qu’elle est plus rapide,

laisse un tracé de couleur pourpre

– de ce rouge si particulier d’Andrinople –

et coupe proprement les espaces sans matière

avec ardeur, rigueur et manière !

C’est la raison qui m’amène à choisir et ravir ce rayon.

 

Et la pente bleue au loin ? Regarde, ne s’ouvre-t-elle pas devant nous,

ne s’offre-t-elle pas sans remous ?

 

Ne prends pas cette côte escarpée, elle vacille sous ses faibles lumières,

elle vocifère un dialecte de là-haut.

Choisis l’un ou l’autre de ces monceaux de pierre que projettent

hier et que nous devons saisir au vol

d’une parole.

 

Eh ! nous tomberons dans une autre atmosphère avec fracas,

croulant sous leur poids et nous brisant en un sombre éclat !

 

Alors nous tomberons, toi puis moi, puis nous.

Peu importe les émois, les couleurs se mélangeront et les matières

s’interpelleront au-dessus de nos consciences, et cela s’agrègera.

Puis viendra, sans un bruit, une détonation fauve.

Et l’expansion reprendra, en une large bouffée, sa sphère tout entière.

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Texte: Pierre-William Fregonese

Illustration: Pauline Brami

Ensembles blancs sur grands ensembles

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Façade sèche et appauvrie qui craquèle en couches de crépis

et abritant de fausses arcades majeures,

celles-ci parfaites d’une teneur taupe,

voilà la porteuse des jardins vagues ; ils lévitent en Corbuserie.

 

Ample,

une suite de brèves ombres basanées

et chauffées à blanc

court élégamment

de gauche à droite

en une file psalmodiée,

laquelle évite et s’abrite tout autour,

bien qu’il n’y ait guère plus que son pourtour.

 

Le grain se fait de plus en plus fort, la scène s’en lave les mains.

Les grands ensembles, pas plus que des hauts escaliers,

se descendent en arrière,

en rebroussant baldaquin.

 

 

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Texte: Pierre-William Fregonese

Dessins: Pauline Brami

 

Les cloisons réversibles

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Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’imposent, versatiles, à demeure

sous une pluine courbe.

 

(Première révolution)

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L’une pivote face à sa jumelle,

laquelle tourne le dos au couloir où un mur

en impose par son humeur défiante au reste de la parcelle

vide d’un dieu de faïence.

Elles s’élancent.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles, alors qu’elles s’étendent, franchissent

un pallier. Niveau en contrebas ; c’est la chute.

 

(Deuxième révolution)

4

 

Nous ne pourrions mourir le long de ces cloisons décédées,

elles retiennent l’espace en leur largeur.

Puis l’aspiration les rend en un bloc monocorde :

Diptyque en déshérence lacéré de traits grenat.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’étiolent de part en part,

perdant leur couleur,

sous les regards hâbleurs qui écoutent aux portes.

 

(Troisième révolution)

 

Mortes, décharnées sur les sols en hauteur,

les cloisons explosent et frappent les espaces successifs

qui se glissent sur les récifs des vides oblongs.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’éparpillent sans allonge

au souffle de la matte silencieuse.

 

7

 

 

Texte: Pierre-William Fregonese
Illustrations: Pauline Brami

Vide

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Espace blanc.

Rigide et Froid. La terreur est en moi.

Espace collant et mou.

L’amant et le caoutchouc.

Synthétique. Je panique.

Espace dense et brulant. Je suffoque.

Espace fluide. Vaste. Vide. Je me leurre.

Et puis l’espace noir. Sans miroir.

Je me meurs.

 

 

Texte et Photographies: Pauline Brami

Mouvance

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Chaque fois, chaque instant,

où mon regard se souvient s’être eventré du haut de son perchoir,

il beugle à qui l’entend, crevant et cisaillant

l’espace lumineux

pour mieux descendre vers lui, contre lui

au creux des espaces d’avant.

 

Lors de mes jeunesses déterrées que je prends désormais

pour prouesses,

Mes deux minuscules yeux demeurent sauf,

nostalgiques,

d’avoir arraché – de rage – l’opercule.

 

Aucun éclat d’embarras sur ce sentiment

éclectique,

qui n’appartient qu’à mes pas.

 

Aujourd’hui, le mouvement de mes ellipses contrites – celles horizontales, celles verticales, lesquelles produisent un cliquetis tout ou presque métallique – allongent une marche, un déclic enchâssé dans une autre marche qui s’étend dans l’espace : tout droit vers le précédent.

Texte: Pierre-William Fregonese

Victoire thiérée

Photographie: VICTOIRE THIERREE

Black diamond, 2013, Ohio.
Tirage baryté, bois, mine graphite.
60 x 80 cm.

Oraison sur déserts

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L’onde tombe sur les tributs,

soufflant la surface par delà nuits et brises

par une chaleur laiteuse sinon éprise.

Sur tes lèvres de pendu,

assoiffé, et mal vêtu,

j’erre de sables claniques en cliniques gravas,

comme un forcené au milieu d’une oasis

dont le nom s’est perdu,

et qui se débat.

Le soleil – pleine orangeade – se déverse

en larges parts,

hors de ses serres en granit.

Décousus en détour,

des faubourgs arabiques se meuvent

en air fabriqué

de toute pièce,

et ce au milieu du désert à l’oeuvre.

Espace-Pauline Brami -

Texte : Pierre-William Fregonese

Photographies : Pauline Brami

Meadows

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Toute son allonge par-dessus les meadows

étend ces plaines,

marque cette scène

illuminée faiblement de rayons desséchés, épars

et de teintes brunes,

alors que, follement, la superficie repart,

enrichie de ses fragments jaunis, meurtris,

déployés sous le jeu nocturne

en vagues réflexives,

attentives.

 

Là-bas, au qui-vive, une âme faignant de n’être

qu’une chair sans sursaut.

 

Puis les blanches jambes d’une âme voisine (bien plus éloignée)

épanchent une soif prude,

mais laquelle ?

 

En prélude, un trait de la mienne s’est planté à même le sol,

comme une chandelle de circonstance,

parfois à la renverse des ciels de souffre.

 

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Texte et Photographie : Pierre-William Fregonese