Evocation Néon

Share

Quelle ambiance le néon insuffle à votre imaginaire ? Quelle musique ? Quelle cuisine ? Nous sommes partis vous interroger.

NEON from sparksineyes on Vimeo.

Lumières du grand nord

Share

Crépusculaire Laponie, l’une des dernières terres presque sauvages d’Europe… La parcourir, c’est s’exposer à la lumière néonisante de son soleil lunaire…C’est aller de collines parsemées de baies en montagnes nues, de rivières paisibles en rapides déchaînés.

Soleil polaire et lumière blanche - Credits : Elise Marie Allonas
Soleil polaire et lumière blanche – Credits : Elise Marie Allonas

Du haut de ses sommets, des dizaines de lacs brillent comme des miroirs, à perte de vue. Et il n’y a qu’à se baisser pour cueillir de quoi se nourrir tout au long d’une promenade : myrtilles sauvages, airelles ou mûres sucrées…

Le soleil, bas et pâle, éclaire d’une faible lueur les petites maisons et églises de bois peint. Sa lumière est blafarde, éblouissante, dénudante : elle n’autorise aucun secret, aucune cachotterie.

L’astre magistral ne fait que de rares apparition, et, théâtral, ne se couche jamais sans un spectaculaire salut, qui illumine le ciel d’un vert fluorescent, d’un violet électrique, d’un rose rougeoyant ou d’un orange puissant.

Fugaces, les aurores boréales habillent le ciel de teintes que l’œil, fasciné et paralysé par cette fragile beauté, imagine plus volontiers émaner d’une explosion chimique que d’un phénomène naturel aussi éphémère que magique.

Aurore Boréale - Grand Nord
Aurore Boréale – Grand Nord

Attirées et capturées par les champs magnétiques des pôles nord et sud, les particules contenues par les vents solaires descendent en une chute forcenée vers la Terre, accumulant, dans leur folle course de vitesse, une énergie suffisante pour que se libèrent, au contact de l’azote et de l’oxygène présents dans l’atmosphère, une pluie de photons. De ces rencontres explosives naissent draperies et arcs d’une lumière fabuleusement fluorescente.

La lumière rougeoyante du néon naît selon un principe similaire : celui de la rencontre d’un gaz rare dont les électrons, excités par l’électricité, libèrent suffisamment d’énergie pour émettre une explosion de photons et allumer le néon.

* * *

Les vents solaires passés, il est alors temps de reprendre son vélo, de refaire, une dernière fois, le tour du petit lac qui s’étend paisiblement le long de la route principale du village, puis de rentrer se glisser dans le traditionnel sauna de pierres chaudes, avant de déguster un saumon mariné à l’aneth en regardant les bateaux flotter paisiblement sur des eaux parsemées de lumières étoilées.

La Laponie, c’est un art de vivre, un choix, celui de l’amour de la nature, de la fascination pour ses trésors et ses ressources. Le choix d’un isolement, peut-être, mais d’un isolement splendide, au milieu des forêts, des élans, des ours, des aurores boréales et des odeurs de pins.

Bienvenue dans le Grand Nord !

Inspiré d’une épopée en Laponie suédoise et des paisibles soirées d’automne passées à Arvidsjaur.

Espace sous tension

Share

Il porte bien son nom cet animal. Haineux. C’est légitime, il y a de la révolte, de l’eau dans le gaz. Découvert par deux blouses, dans un laboratoire d’Albion, au pied du podium de l’univers. C’était le temps des zeppelins et des corn flakes, les exorcistes sur sofa faisaient florès. Il était nouveau le fantôme, et parfait, et rare, et noble encore. Farouche comme une souris de couvent, une sorte d’éther à chair de rêve et aux colères à face de sang. On l’a anatomisé, tous et partout et tout le temps, trituré, comprimé, condensé, chauffé, dilaté, liquéfié, mixé, atomisé ; fallait bien qu’il serve à quelque chose ! Et puis, on a trouvé. Le fauve a été mis aux fers, enfermé dans des tubes de verre, domestiqué en Lucifer. L’infini ne peut plus prendre l’air. On ratiboise ses baïonnettes, on fiche son culot, on électrise sa carne ; sacré tour de vice. Et faut voir comme on y va, on excite, on ionise, on décharge, la main lourde sur le bitoniau, plus zélée qu’un pou, qu’on tripote, qu’on cajole, jour et nuit, au besoin et à l’envi, et l’autre là-haut, caméléon de plafond, qu’en finit plus de convulser, l’épileptique, de cabrioler sur les genoux du vieux Sparky. Ca amoche drôlement de chevaucher la foudre. Il n’a pas supporté. Les plombs ont sauté. Son identité s’est troublée, dissociée ; tout de même on aurait pu s’en douter. Ca ne se panse pas de telles séquelles, pareil court-circuit dans la cervelle, oh non, ça ne se pense pas. Ce serait cruel.

Une bestiole à trois têtes on a dompté, l’une qui bat les sentiers de la Kabbale, l’autre qui pèse son âme au blackjack, la dernière…cherchons en vain. Rebaptisons-le Protée, il est pluriel, c’est singulier. Un coquelicot poudré, une étoile gazée. Chevalier sans aine, espion travesti, mignon comme milli.

Pour sûr il en éclaire, et pas seulement des lumières. Ici une vigie d’hôpital, là une chaleur de hangar, et au fond, tapit et grésillant, l’enseigne d’une maison aux filles contraires à son nom.

Lumière de nuit aussi, ultraviolée, nimbant des corps qui phosphorent jusqu’aux aurores.

Lumière d’enquête, traquant les miettes, les gamètes, et autres souillures suspectes.

Un feu seigneur, galvaudé, réifié, réduit à une métonymie. De l’orage en linceul en somme, un recycleur de droïdes. Plus qu’une gourde à tonnerre, un empereur qui manque d’air, de la couleur sous ampère. Il se détendait depuis des lustres, inerte, les atomes atones, vautré dans le vide, sans rien pour le troubler, ni personne, que des lampistes, chasseurs de vapeurs, qui aspirent à lui clouer le bec. On connaît la suite. On le capture, une nuit d’ennuis, on lui fait voir trente-six chandelles ; j’entends qu’on crie à la lanterne. On se justifie aussi : les candélabres se délabrent ; le firmament, c’est le remplacement du filament. L’anar devient le rejeton d’un nazillon ; visez le destin. C’était tout et puis c’est rien, c’était et puis s’éteint.

Faut être néon pour sonder le néant.

Dynamo - Grand Palais - Credits : Pauline Brami
Dynamo – Grand Palais – Credits : Pauline Brami

Dan Flavin, sculpteur de l’espace

Share
Duchamp, 1917-1964, Fontaine, coll. Centre Pompidou-1
Marcel Duchamp, Fontaine, 1917-1964, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou
Andy Warhol, One Hundred CampbellÕs Soup  Cans, 1962, The Andy Warhol Foundation-1
Andy Warhol, One Hundred Campbell’s Soup Cans, 1962, The Andy Warhol Foundation

Au XXe siècle, l’art perd la tête. Duchamp expose un bête urinoir, Wharhol reproduit 100 boîtes de soupes Campbell’s sur une toile. Dan Flavin explore une autre piste : celle du néon comme seul sujet artistique. Et la lumière fût…

Sa première expérience avec son tube lumineux favori remonte au 25 mai 1963. Flavin décide de fixer un unique néon, en diagonale, sur le mur de son atelier. A geste minimaliste, titre minimaliste : l’œuvre ainsi créée s’intitulera… « La diagonale du 25 mai 1963 ».

Dan Flavin, La diagonale du 25 mai, 1963, Courtesy of the San Francisco Museum of Modern Art
Dan Flavin, La diagonale du 25 mai, 1963, Courtesy of the San Francisco Museum of Modern Art

Pourtant élevé dans un milieu très religieux (il a failli devenir prêtre !), Dan Flavin, rebelle, créé dans le monde de l’art la première lumière totalement laïque. Au mur, au sol ou dans les recoins d’une pièce, ses néons colorés modifient notre perception de l’espace pour nous plonger dans une ambiance lumineuse particulière. Son œuvre Untitled (To Donna 5a) de 1971, en est une parfaite illustration.

(image : Dan Flavin, Untitled (To Donna 5a), 1971, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou)
Dan Flavin, Untitled (To Donna 5a), 1971, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou

L’installation est sobrement composée de plusieurs néons d’intensité et de couleurs différentes, assemblés en carré sur une structure métallique. Dan Flavin révèle ainsi les effets d’optique que produisent les couleurs dans l’angle d’une pièce. Disposés dans un coin, les néons lumineux modifient les caractéristiques de l’espace : l’angle, ordinairement visible, disparaît pour laisser apparaître d’autres lignes architecturales. Par un simple jeu de néons de couleur, Dan Flavin reconstruit l’espace, à l’instar d’un architecte.

Mais le chef d’œuvre de Dan Flavin est sans doute Untitled (Monument for Vladimir Tatline), réalisé en hommage à cet artiste russe qui, en 1920, avait conçu une sculpture monumentale (une spirale de 400 mètres de haut !) qui resta à l’état de projet.

Tatline, Monument à la IIIe Internationale, 1920 ; Dan Flavin, Untitled (Monument for Vladimir Tatline), 1975, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou
Tatline, Monument à la IIIe Internationale, 1920 ; Dan Flavin, Untitled (Monument for Vladimir Tatline), 1975, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou

Composée de néons de plus de 2 mètres de haut posés sur un mur blanc, l’œuvre de Flavin rappelle une fusée ou un vaisseau spatial. Son but n’est pas de reproduire fidèlement le monument de Tatline, mais d’irradier l’espace de lumière blanche. Ainsi ? L’objet se confond avec l’espace réel, et le contexte devient contenu. La caractéristique principale de l’Art minimal dans lequel Flavin s’inscrit.

Des œuvres de Dan Flavin sont présentées à l’exposition Dynamo au Grand Palais. Prêt pour cette expérience sensorielle et visuelle ?

Dan Flavin, Untitled (to you, Heiner, with Admiration and Affection) 1973. New York, Dia Art Foundation.
Dan Flavin, Untitled (to you, Heiner, with Admiration and Affection) 1973. New York, Dia Art Foundation.

Evolution de la lumière dans l’art

Share

.

La lumière rend visible les choses, et en conséquence elle concentre l’attention de l’homme depuis les origines comme l’attestent des sites tels que Stonehenge, dont les recherches récentes ont montré le rôle en tant qu’observatoire astronomique, ou encore des cavernes et tombes du néolithique alignées de manière à recevoir la lumière à un emplacement précis lors du solstice d’été, comme au tumulus de Newgrange en Irlande.

NEWGRANGE_ITIMES_800
Solstice at Newgrange
Credit: Photographie de Cyril Byrne – Courtesy of The Irish Times

Si elle est au centre de l’intérêt des artistes et en constitue le matériau essentiel, son approche et les nombreuses représentations symboliques qui lui sont rattachées diffèrent au fil des siècles. Ainsi de nombreuses œuvres chrétiennes signifient le caractère divin de la lumière, celle-ci émanant directement de Dieu. La Nativité du Maître de Flémalle et conservée à Dijon montre par exemple des rayons de lumière, représentés à l’aide d’or, émanant de l’Enfant et éclipsant les lumières environnantes, selon les visions de Brigitte de Suède, une mystique dont les écrits ont induit de nouveaux schémas iconographiques. Odilon Redon fait aussi émaner une lumière de ses personnages profanes, mais d’une manière plus diffuse et subtile encore, leur donnant ainsi une dimension mystique.

Maître de Flémalle, Nativité (détail), huile sur panneau, v. 1425, 84cm x 70cm, Dijon, Musée des Beaux-Arts
Maître de Flémalle, Nativité (détail), huile sur panneau, v. 1425, 84cm x 70cm, Dijon, Musée des Beaux-Arts

Si la lumière rend visible les choses, c’est aussi elle qui en révèle la nature, et c’est la conception de la lumière qui se retrouve chez Jan van Eyck, le premier artiste suite au Maître de Flémalle à tourner les portraits de trois-quarts pour révéler le volume du visage et les structures des matières grâce à un éclairage latéral.

Avec l’émergence du paysage comme genre pictural autonome, les artistes du XVIIe siècle accordent une attention particulière à la lumière et aux effets atmosphériques, principalement Claude Lorrain. Avec les impressionnistes cette attention à la lumière aboutit à de nouvelles préoccupations, celle de rendre l’atmosphère d’un moment précis. Claude Monet est certainement l’artiste ayant poussé ces recherches le plus loin, et sa série de la cathédrale de Rouen en offre l’exemple le plus abouti.

L’invention de l’électricité et de l’éclairage électrique a inscrit un tournant radical dans l’histoire de l’art en ce que la lumière devient autonome. Les artistes du XIXe qui connaissent l’émergence de cette nouvelle source de lumière vont s’attacher à en retranscrire l’éclairage particulier, beaucoup plus froid et cru que la lumière solaire. Manet et Degas, par ailleurs rivaux dans ces nouvelles recherches, sont passés maîtres dans l’art de dépeindre ces intérieurs éclairés par des lumières artificielles, que ce soient des cabarets, des théâtres, des cafés, l’opéra. L’éclairage électrique a ainsi favorisé les recherches picturales amenant à de nouvelles techniques pour retranscrire cette lumière au gaz altérant les couleurs. Ainsi pour la Répétition d’un ballet sur la scène (1874, œuvre conservée au musée d’Orsay de Paris), Degas utilise un camaïeu de bistres allant du blanc jauni au brun sourd pour indiquer le dégradé de lumière induit par l’affaiblissement de la lumière. Ainsi Degas comme Manet avec notamment son Bar aux Folies-Bergère (1881, Courtauld Institute de Londres) sont les principaux artistes de ce Paris nocturne, devenant des artistes du réel et cette vie moderne, si chère à Baudelaire. Il en résulte des peintures et pastels figurant parmi les plus belles œuvres de l’histoire de l’art.

 Pour autant le public contemporain pense peut-être en premier lieu à Hopper lorsqu’on parle d’éclairage artificiel (le succès récent de l’exposition Hopper au Grand Palais de Paris semble le confirmer), le peintre américain s’étant fait le spécialiste dans la dépiction de cette lumière blafarde et crue caractéristique de l’éclairage public et intérieur américain des années 1940 et 1950, comme il se peut voir dans Nighthawks, œuvre de 1942 conservée au Art Institute de Chicago.

Edward Hopper, Nighthawks, 1942, huile sur toile, 84 cm x 152cm, Chicago, Art Institute of Chicago
Edward Hopper, Nighthawks, 1942, huile sur toile, 84 cm x 152cm, Chicago, Art Institute of Chicago

Avec l’autonomisation de la lumière par l’invention de l’éclairage artificiel, la lumière est parfois utilisée par certains artistes comme le médium même de l’art, principalement dans le light art. László Moholy-Nagy, le photographe membre du Bauhaus en est considéré comme l’un des pères grâce à son Licht-Raum Modulator de 1922, œuvre combinant lumière et pièces en mouvement pour rendre le visiteur actif et le sortir de son attitude contemplative, dans une obsession que l’on retrouve chez plusieurs artistes de l’époque. En effet l’œuvre ne peut se comprendre qu’en l’observant sous différents angles de vu qu’il s’agit d’une pièce en trois dimensions et en mouvement. Il s’agit également d’instaurer une réflexion sur les différents points de vue. Ainsi avec le light art la lumière devient sculpture grâce aux tubes de lumière et notamment les néons, médium utilisé pour la première fois par l’artiste argentin Gyula Kosice en 1946, qui s’est par la suite spécialisé dans les sculptures de lumière et les sculptures hydrocinétiques.

Le vitrail médiéval est la première forme artistique à utiliser la lumière comme médium en tant que tel, mais elle y reste subordonnée au vitrail lui-même, bien que ce dernier ne révèle son entière beauté que lorsque des rayons de lumière le transpercent, instaurant une explosion de couleurs. Si le vitrail médiéval ne crée pas la lumière, il l’utilise pour révéler son art figuratif. Art des églises, le vitrail est l’art sacré par excellence au Moyen Age, justement parce qu’il n’est révélé que par cette lumière d’origine divine. Il est par ailleurs à l’origine d’une explication sur la virginité de Marie suite à la conception : le Verbe pénètre Marie sans atteindre son intégrité physique de la même manière que la lumière traverse le vitrail sans l’altérer.

Romeo + Juliette : l’amour incandescent

Share

Lorsque Baz Luhrmann réalisa en 1996 son adaptation résolument moderne de l’œuvre anthologique de Shakespeare « Roméo et Juliette », une réplique ne sembla pas lui échapper :

« Her beauty makes

This vault a feasting presence full of light. »

Juliette morte irradie. Dans l’œuvre de Luhrmann, cette lumière vitale échappée du corps inerte de Claire Danes s’est insinuée dans les tubes twistés en forme de croix. L’extraordinaire radiance de Juliette gisante est symbolisée par cette forêt de crucifix. Les bougies ne sont finalement que des ombres, l’émanation jaunâtre des néons phosphorescents.

 

Roméo + Juliet (1996), Baz Luhrmann
Romeo + Juliet (1996), Baz Luhrmann

 

Dans l’une des scènes mythiques, celle où Romeo vient déclamer son amour à la fenêtre de la beauté virginale, celui-ci s’exclame :

“But, soft! what light through yonder window breaks?

It is the east, and Juliet is the sun.”

A ce stade de l’intrigue, Juliette est pour la première fois assimilée à la lumière, c’est même la métaphore principale qui la caractérise. Juliette est un splendide faisceau, qui ébloui les pupilles dilatées de l’énamouré. Mais pas n’importe quelle lumière : « Juliette est le soleil. ». Ce rayon solaire s’oppose directement à la lumière bleutée, lunaire des néons qui subliment sa mort. Et son amant erre, désemparé, sur ce sillon lumineux. Il est presque invisible dans l’ombre alors que Juliette est plus vivante que jamais, sous forme de photons, lovée entre les creux de ces tubes froids.

RJ2
Romeo + Juliet (1996), Baz Luhrmann

 

La marque venue tout droit de Los Angeles, Wildfox Couture (http://www.wildfoxcouture.com/),  a consacré un lookbook directement inspiré des scènes luhrmanniennes. Cette fois-ci les deux amants sont encore plus jeunes, presque des enfants. Ils batifolent, pleins de vie et semblent s’être libérés définitivement du carcan familial, jouissant sous l’auréole de l’idéologie libérale américaine.

 

Wildfox Couture
Wildfox Couture – Fall 2012 – Star Crossed Lovers

 

Mais nous ne pouvons nous empêcher de remarquer cette croix azur qui plane au-dessus de ces visages tordus de joie. Que symbolise ce néon bleuâtre ? Peut-être que comme dans l’œuvre cinématographique il fait écho à la mort de Juliette. Roméo et Juliette sont-ils finalement heureux, car réunis dans le monde des morts ? Le néon serait alors un trait d’union, réunissant le monde tangible et transcendant.

 

 

 

 

Welcome to fabulous Las Vegas – Ville-néon fantasmagorique

Share

4006-3

La capitale du néon est sans nul doute, Las Vegas, une véritable cité du vice, perdue au milieu des montagnes arides et hostiles du désert Mohave dans le Nevada, traversée par un immense ruban de lumières tapageuses : le Strip. Ce gigantesque parc d’attraction pour adultes flamboyant comme un feu de cheminée en plein hiver, comme un diamant scintillant enclavé dans la roche, attire le regard du voyageur endormi contre le hublot de l’avion qui se pose.

Credits : Ville Miettinen
Credits : Ville Miettinen

La curiosité de découvrir la ville la plus folle et la plus fantaisiste du monde l’emporte immédiatement sur la fatigue du vol. Le voyageur se presse de sortir, dans la chaleur moite du désert, et de découvrir un aéroport déjà envahi par les clinquantes machines à sous, prêtes à transformer l’ennui ambiant de ceux qui patientent avant le départ en un dernier sursaut d’excitation.

Nul besoin, pour notre voyageur, de faire l’usage d’une carte ou d’un GPS pour trouver le chemin du Strip, dont les lumières sont si vives qu’il y ferait presque jour en pleine nuit. Impossible, ici, de ne pas s’émerveiller devant ce que la folie humaine a pu construire de plus loufoque et plus démesuré.

Un château écossais enchanté fait face à une reproduction pas si miniature que cela de l’Empire State Building, entouré d’un grand huit vertigineux, de la pyramide de Gizeh, du Sphinx de Louxor, de la Victoire de Samothrace ou encore de la tour Eiffel.

Et partout des néons, rouges, jaunes, blancs, roses ou violets, invitent à entrer, à jouer, à regarder.

The Strip Neon Lights
The Strip Neon Lights

Notre voyageur ne sait plus où aller, plongé dans un infini tourbillon où seul le plaisir semble compter, les yeux grands ouverts comme ceux d’un enfant dans un magasin de jouets. Toutes les enseignes lumineuses l’appellent, il va de folie en émerveillement, il sent que la nuit va être infinie et qu’on ne lui a pas menti, Vegas est bien celle qui dort le jour. Où ira-t-il ce soir ? Suivra-t-il l’un de ces bus-limos vitré et tapissé de néons roses dans lequel se dénudent des filles qui invitent à les suivre ? Se retrouvera-t-il, au petit matin, dans le lit d’une inconnue, la bague au doigt après un passage déjà oublié dans l’une des wedding chapels miteuse alignées le long des avenues secondaires de la ville, où se pressent en riant les foules alcoolisées et les badauds désargentés ? Ira-t-il s’asseoir à la roulette et regarder, avec un sentiment teinté de peine et d’incrédulité, un désespéré miser sans s’arrêter tous ses jetons de 100 $ sur son numéro préféré, sans jamais voir la petite bille blanche s’y arrêter ? Osera-t-il plonger dans la piscine du Golden Nugget, casino le plus mythique de Las Vegas, dont l’eau turquoise caresse de ses vaguelettes un aquarium – traversé par un toboggan transparent – dans lequel nagent nonchalamment quelques requins loin d’être désintéressés ?

Caesars Palace Casino
Caesars Palace Casino

Deux nuits durant, il testera ses limites, il sera tiraillé, par la joie, la surprise l’adrénaline, l’admiration, l’excitation, le sentiment d’un retour en enfance régressif, mais aussi par le dégoût, la peine, le vide, l’absurde, la futilité, la superficialité. Il ne saura où se placer sur cet échiquier et observera comment, en lui, ces sentiments se retrouvent mêlés. A Las Vegas, il découvrira que les lendemains déchantent, lorsque le jour se lève sur les montagnes du désert, que les néons s’éteignent un à un, comme on enlève une robe pailletée, laissant voir des bâtiments aussi cernés et fatigués que tous ceux qui ont passé la nuit à y jouer, boire et danser.

Il regardera, gêné et peiné, les ruinés zoner entre les vestiges de leurs rêves de richesse envolés et s’inquiétera pour ceux qui, hébétés, toute la nuit sont restés rivés sur leurs machines illuminées.

Non, Vegas ne connaît pas la nuit - Caesars Palace
Non, Vegas ne connaît pas la nuit – Caesars Palace

Puis il quittera pour de bon cette enclave de folie démesurée, reposera sa tête contre le hublot de l’avion qui décolle dans le désert et fermera ses yeux, brûlés par la lumière si vive du tourbillon de néons.

041713-VegasNAB-06
Scintillante la nuit…

 

041713-VegasNABTL-22
Aride le jour.

Bruce Nauman – l’art agressif

Share

Vous connaissez Bruce Nauman ? Lequel connaissez-vous au juste ? Celui qui fait des vidéos, celui qui se fossilise, celui qui peint, celui qui chante ou celui qui joue avec la lumière ?

Attention, nous parlons ici de BRUCE NAUMAN, celui que vous trouverez dans toutes les encyclopédies d’art du XXème. Ce n’est donc pas n’importe quel Bruce, c’est un artiste prolifique, protéiforme et dérangeant, voire franchement agaçant quand il vous présente un clown hurlant a perpétuité comme celui que vous pourrez admirer chez François Pinault à Venise, Punta de la Dogana.

tumblr_lfihppBLA51qz9agoo1_1280
Bruce Nauman – Studies for Holograms, 1970 (in Staging Action: Performance in Photography since 1960 @ MoMA)

Bruce est un colérique. S’il a commencé son œuvre dans les années 60 par des photographies, sculptures ou performances filmées montrant des parties de son propre corps déformé, disloqué voir découpé, il se rapproche dès les années 70 d’un art conceptuel et minimal en travaillant sur la linguistique, la lumière et les vidéos afin de susciter des perceptions aiguës chez le spectateur. Mais l’idée sous-jacente est toujours la même : le traitement des contradictions inhérentes à l’être humain. Ainsi il opposera le sexe et la violence, l’humour et l’horreur, la vie et la mort, le plaisir et la douleur…

En 1991, il produit l’une de ses œuvres vidéos majeures : ANTHRO/SOCIO (Rinde Facing Camera). Une tête rasée tournante sur six moniteurs et trois murs crie de manière répétée et discontinue avec une gravité étourdissante : « Feed Me/Eat Me/Anthropology », « Help Me/Hurt Me/Sociology » et « Feed Me/Help Me/EatMe/Hurt Me ». Paroles brutales renvoyant à la condition humaine caractérisée par ses dépendances, son malaise, ses désirs. L’encerclement du spectateur par la même vidéo répétée en simultané intensifie la sensation d’oppression. Ces mots peuvent en appeler d’autres dans nos mémoires propres à chacun, tout comme le physique de cet homme rasé assez neutre peut rappeler d’autres visages familiers. Ainsi, plus qu’à un individu en particulier, la vidéo semble s’adresser à la foule, à l’être humain en général (anthropology), aux groupes sociaux (sociology) créant un malaise bien plus important : la violence marquant la mémoire collective.

One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.
One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.

Ses installations lumineuses font écho à ses vidéos et à ses performances. Elles cherchent aussi à immerger le spectateur dans une expérience sensorielle forte. La lumière du Néon étant diffuse et lancinante. Et tout comme avec ses vidéos, il y introduit des éléments linguistiques chargés de sens. Ainsi dans sa forme Bruce Nauman empreinte certains codes de l’art minimal – utilisation de l’espace, formes géométriques, matière brute, répétition – mais charge son œuvre d’une importante teneur psychologique, obsessionnelle voire angoissante de part les associations de mots qu’il utilise et le rythme des néons qui s’allument de manière alternée.

tumblr_m6q0l8IRW81qgo2o2o1_500

 

 

Ce qui est certain concernant Bruce, c’est sa capacité à s’émerveiller de la modernité. Quoi de plus normal alors pour lui que de triturer des néons comme il manipule les pixels !

 

Néon dans le Néant

Share
Credits : Ilona Karwinska Enseigne globe d'une agence de voyage sur l'avenue Jerozolimskie à Varsovie.
Credits : Ilona Karwinska
Enseigne globe d’une agence de voyage sur l’avenue Jerozolimskie à Varsovie.
Remis en lumière par l’artiste Ilona Karwinska, les néons de Varsovie illuminaient d’un brin de couleur et de joie les sombres constructions soviétiques de la guerre froide.

Au temps de la guerre froide, lorsque Varsovie, triste et obscure, se trouvait de l’autre côté du rideau de fer, des petits tubes de gaz lumineux offraient une illusion de joie et de bonheur aux polonais étouffés sous le joug soviétique.

Enseignes de cafés, de cinéma, de bibliothèques ou de zoos, ils s’alignaient par centaines le long de la rue Pulawska, lui donnant tous les airs du Strip de Las Vegas : vernis craquelé d’un modèle économique et social en perdition dans la première, ils étaient, au contraire, symboles d’une vie de plaisirs, de jouissances, de décadence dans la seconde.

Culminant au sommet des bâtiments de béton et de tôle, ils attiraient et scintillaient comme une étincelle, un rayon de couleur dans la nuit silencieuse, parodiant le développement et la liberté des villes de l’Ouest et tentant désespérément d’encourager la consommation, sans pour autant tromper personne.

Bien que témoins d’un passé douloureux dont les séquelles, trop profondément ancrées dans la chair de la ville, hantent encore chaque coin de rue, il aurait été dommage de briser à jamais ces souvenirs de lumière qui furent autant de sources de couleurs, dans ce paysage de désespoir.

On ne peut, en effet, que leur reconnaître un indéniable potentiel artistique, nourri du savoir-faire hérité d’une longue tradition polonaise de travail du néon, du fer forgé et du graphisme depuis les années 30. Mêlant design typographique et éléments figuratifs, les néons de Varsovie rassemblent une incroyable variété d’expression et de style.

C’est ainsi que, non sans créer de controverses, l’artiste britannique d’origine polonaise, Ilona Karwinska s’est portée au secours de ces vestiges d’un environnement graphique révolu, d’un monde disparu, les chinant du fond des arrière-cours, les sauvant d’une volonté prompte à mettre le passé derrière elle.

Devant l’immense succès de son exposition « Polish Neon » à Londres en mai 2007, Ilona Karwinska a décidé de consacrer, à Varsovie, un espace entièrement dédié à ces emblèmes de la guerre froide : le Neon Muzeum.

Une perspective artistique unique et extraordinaire, doublée d’un travail de préservation des trésors d’un patrimoine dont le halo lumineux a du, maintes fois, tirer de leur morosité, pour quelques secondes d’émerveillement, ceux que la guerre froide avait rendu prisonniers.

NEON MUZEUM :

NEON MUZEUM

UL. Minska 25

Soho Factory – Building 55

03-808 VARSOVIE

http://www.neonmuzeum.org/

LIVRE :

Polish Cold War Neon – Ilona Karwinska

Polish Neon: Cold War Typography and Design tells the fascinating story of neon in Poland by preserving and celebrating the remnants of this rich and influential history. Comprising archival and contemporary photographs of these mesmerizing signs, as well as original designs and interviews with the designers, this book reveals an untold story of Poland and how a communist bureaucracy helped shape the future of graphic design and typography.

Credits : Ilona Karwinska Enseigne du zoo de Wroclaw en Silésie.
Credits : Ilona Karwinska
Enseigne du zoo de Wroclaw en Silésie.

 

Epiphanie de la banalité – William Eggleston

Share
Apparu dans les années 20 aux Etats-Unis, le tube à Néon devient très vite la matière phare des enseignes commerciales et autres panneaux publicitaires. Les couleurs criardes de William Eggleston renvoient à cette source lumineuse, froide et vibrante laissant une atmosphère étrange se répandre à travers ses clichés.

 

william-eggleston-drink
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

 

Des fast-foods, drive-in, motels au bord de l’autoroute. Un supermarché, un téléphone, une grand-mère à la coiffure bien soutenue. Un verre de limonade ou une affiche publicitaire. Des sujets d’apparence prosaïques.

Et pourtant.

Un sentiment étrange d’ennui et d’élévation. Les personnes paraissent vides d’enthousiasme au milieu de ces lieux aux allures consuméristes. Une atmosphère fantasmagorique semble se poser sur des scènes quotidiennes. L’œuvre photographique d’Eggleston interroge et mystifie le réel par la manipulation des résonnances de couleurs et des cadrages originaux. Les reflets fuchsias des néons imprègnent le paysage américain, étendu et silencieux. Le soleil d’or du sud des Etats-Unis intensifie les briques saturées et la peau tannée des jeunes filles. Les plans légèrement obliques et rapprochés sur des objets  ordinaires (téléphone, enseignes lumineuses, ampoule,…) nous laissent dubitatifs. L’idée du photographe est-elle de transfigurer la fonction première de ces objets ? Cherche-t-il à révéler une beauté qui leur seraient propres et que nous ne verrions pas par ailleurs ? Ou au contraire, veut-il dénoncer la futilité de cette modernité ? Il n’en demeure pas moins que l’on s’interroge.

William Eggleston, Untitled (Frontier Sign) from Lost and Found, 1965-1968
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Né en 1939 dans le Tennessee, William Eggleston est aujourd’hui connu comme l’inventeur de la photographie couleur. C’est en 1976 que le Moma lui offre sa première exposition. Celle-ci fait scandale. La photographie couleur jusque là réservée à la publicité et considérée comme vulgaire, n’avait jamais figuré dans un musée. De nombreux photographes contemporains suivront sa démarche par la suite sans pour autant réussir à recréer sa colorimétrie criarde obtenue par le biais d’une technique  qui demeure encore mystérieuse.

Les photographies de William Eggleston ont inspiré de nombreux photographes contemporains tels que Martin Parr, Nan Goldin, Jeff Wall ou encore Juergen Teller ainsi que des cinéastes américains à l’instar de Gus Van Sant et David Lynch. Il a récemment été récompensé de l’Outstanding Contribution to Photography award décerné par l’Organisation Mondiale de la Photographie (WPO).

dust_bells_v1_h
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
Untitled, Greenwood, Mississippi, 1973
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
william_eggleston_2
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Retrouvez la biographie et l’actualité de William Eggleston sur https://www.artsy.net/artist/william-eggleston

L’invitation du Néon

Share
Credits : Pete Angritt; Signs orginally built by Young Electric Sign Co. (YESCO)
Credits : Pete Angritt; Signs orginally built by Young Electric Sign Co. (YESCO)

US 93 – Cette route était interminable. L’obscurité se laissait glisser sur les roches rouges de l’ouest américain, caressant délicatement leurs sillons, et le ciel s’enflammait lentement, rivalisant avec la couleur de feu du sable désertique.

Lorsque tout fut plongé dans l’obscurité, il ne restait plus, pour seul compagnon dans ce grandiose écrin naturel, que cet immense ruban de goudron illuminé  qui s’élançait vers l’avant sans jamais que l’on ne puisse en voir la fin.

Les heures passaient, les musiques et leurs rythmes changeaient, mais le paysage demeurait intacte, immobile, telle une monotone litanie, berçant les passagers et guettant leur fatal sommeil.

Dans ces terres indiennes, plus de villes, plus de lumières urbaines étincelantes, accueillantes et rassurantes. Juste du désert, des canyons, des chevaux sauvages, et quelques bidonvilles parsemés çà et là, rappelant tristement la lancinante condition de ceux qui, il fut un temps, arpentaient fièrement, montés sur leurs chevaux tachetés, ces steppes arides du far ouest aux trésors, mystères et légendes jalousement gardés.

Puis soudain, au loin, une fête colorée de néons rassemblés, un point que l’œil ne peut manquer.

Jaillissant de l’horizon tel un feu d’artifice maîtrisé, attirant, dans le halo de sa luminosité, les voyageurs las et épuisés, le néon est comme une promesse d’humanité.

La promesse que cet îlot, certain, mais pour l’œil encore lointain, abrite une âme à qui parler, un coin de réconfort où se blottir, un sandwich, ou plutôt, aux Etats-Unis, un burger, à dévorer.

La promesse aussi de rencontres étonnantes, pour peu que l’on prenne le temps de s’asseoir et de rester, là, au milieu de nulle part, rassemblés comme des insectes autour d’une irrésistible lumière dans une nuit chaude d’été.

Celle du routier qui, épuisé, traverse le pays, de Chicago à San Francisco, celle de l’indienne dont l’étonnant visage raconte l’histoire, celle encore de l’inconnu qui, ne sachant plus vers quel foyer se tourner, est venu dépenser ses derniers quarters, porté par un ultime élan d’espoir, dans une machine à sous bruyante et colorée.

—-

Inspiré d’un arrêt dans un lieu improbable, quelques dizaines de miles avant Las Vegas, rassemblant un casino, un magasin de feux d’artifices, une station essence et un supermarché uniquement approvisionné en beef jerky et autres spécialités américaines hautement gastronomiques, fréquenté par des indiens, sheriff et autres égarés… « No Fireworks in the gas area », please !

Le néon cheval et cavalier de l'Hotel Hacienda - Neon Museum Las Vegas Fremont Street Gallery. Credits : The sign was designed by Brian Leming and built by Young Electric Sign Co. (YESCO)
Le néon « cheval et cavalier » de l’Hôtel Hacienda – Neon Museum Las Vegas Fremont Street Gallery.
Credits : The sign was designed by Brian Leming and built by Young Electric Sign Co. (YESCO)