Les cloisons réversibles

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Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’imposent, versatiles, à demeure

sous une pluine courbe.

 

(Première révolution)

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L’une pivote face à sa jumelle,

laquelle tourne le dos au couloir où un mur

en impose par son humeur défiante au reste de la parcelle

vide d’un dieu de faïence.

Elles s’élancent.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles, alors qu’elles s’étendent, franchissent

un pallier. Niveau en contrebas ; c’est la chute.

 

(Deuxième révolution)

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Nous ne pourrions mourir le long de ces cloisons décédées,

elles retiennent l’espace en leur largeur.

Puis l’aspiration les rend en un bloc monocorde :

Diptyque en déshérence lacéré de traits grenat.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’étiolent de part en part,

perdant leur couleur,

sous les regards hâbleurs qui écoutent aux portes.

 

(Troisième révolution)

 

Mortes, décharnées sur les sols en hauteur,

les cloisons explosent et frappent les espaces successifs

qui se glissent sur les récifs des vides oblongs.

 

Indolores, immobiles.

Les cloisons réversibles s’éparpillent sans allonge

au souffle de la matte silencieuse.

 

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Texte: Pierre-William Fregonese
Illustrations: Pauline Brami

Mouvance

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Chaque fois, chaque instant,

où mon regard se souvient s’être eventré du haut de son perchoir,

il beugle à qui l’entend, crevant et cisaillant

l’espace lumineux

pour mieux descendre vers lui, contre lui

au creux des espaces d’avant.

 

Lors de mes jeunesses déterrées que je prends désormais

pour prouesses,

Mes deux minuscules yeux demeurent sauf,

nostalgiques,

d’avoir arraché – de rage – l’opercule.

 

Aucun éclat d’embarras sur ce sentiment

éclectique,

qui n’appartient qu’à mes pas.

 

Aujourd’hui, le mouvement de mes ellipses contrites – celles horizontales, celles verticales, lesquelles produisent un cliquetis tout ou presque métallique – allongent une marche, un déclic enchâssé dans une autre marche qui s’étend dans l’espace : tout droit vers le précédent.

Texte: Pierre-William Fregonese

Victoire thiérée

Photographie: VICTOIRE THIERREE

Black diamond, 2013, Ohio.
Tirage baryté, bois, mine graphite.
60 x 80 cm.

Oraison sur déserts

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L’onde tombe sur les tributs,

soufflant la surface par delà nuits et brises

par une chaleur laiteuse sinon éprise.

Sur tes lèvres de pendu,

assoiffé, et mal vêtu,

j’erre de sables claniques en cliniques gravas,

comme un forcené au milieu d’une oasis

dont le nom s’est perdu,

et qui se débat.

Le soleil – pleine orangeade – se déverse

en larges parts,

hors de ses serres en granit.

Décousus en détour,

des faubourgs arabiques se meuvent

en air fabriqué

de toute pièce,

et ce au milieu du désert à l’oeuvre.

Espace-Pauline Brami -

Texte : Pierre-William Fregonese

Photographies : Pauline Brami

Meadows

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Toute son allonge par-dessus les meadows

étend ces plaines,

marque cette scène

illuminée faiblement de rayons desséchés, épars

et de teintes brunes,

alors que, follement, la superficie repart,

enrichie de ses fragments jaunis, meurtris,

déployés sous le jeu nocturne

en vagues réflexives,

attentives.

 

Là-bas, au qui-vive, une âme faignant de n’être

qu’une chair sans sursaut.

 

Puis les blanches jambes d’une âme voisine (bien plus éloignée)

épanchent une soif prude,

mais laquelle ?

 

En prélude, un trait de la mienne s’est planté à même le sol,

comme une chandelle de circonstance,

parfois à la renverse des ciels de souffre.

 

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Texte et Photographie : Pierre-William Fregonese

Ouverture

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Quatre murs 

S’entrecroisent des ondes

La poudre et la pluie tombent

Le plafond et le sol de confondent 

Allongée dans la pièce minuscule 

Je regarde le ciel azur

La résine transparente est collante.

Mon corps s’enfonce dans cette texture.

Lentement agrippante.

Bientôt l’air vient à manquer

Pourtant mes yeux restent fascinés 

Par les images aux pièces manquantes 

Qui défilent, lancinantes,

Et dessinent de nouvelles ouvertures.

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Texte et Photographies : Pauline Brami

Nocturne

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Le regard ouvert,

Attendre de pied ferme
Peut-être tremblant
à l’instant d’adaptation luminique
Et animique.

Un État d’attention, de tension
Et de défense.
Une cabane pour se cacher
Une mante, il s’est dit
Pour s’exhiber sans pudeur.

Un sourire élevé
Qui disparaît après un gros nuage.

L’impératif de la peur
Construction ou instinct ?

Les néons impertinents
Qui à tout coin arrivent,
Avec leur vibration tel un triste clignement d’yeux

La nuit a cessé d’être.
Il reste très peu
D’une nuit noire et obscure.

Anna Barriball Night Amber (still), 2013 Video loop 9 mins 55 secs. Picture from Passatge Studio « leftovers » exhibition. Barcelona Courtesy of Frith Street Gallery

 

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Alice in Wonderland. Walt Disney Productions. (1951)

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Mary Helena Clark Orpheus (outtakes) USA, 2012, 16mm, b&w, optical sound, 6′

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Patronato de Misiones Pedagógicas, Val del Omar (1932)

Note sur l’auteur. 

Mercedes Mangrané est une jeune artiste née en 1988 à Barcelone. Son medium principal étant la video et la peinture, elle a souhaité faire une sélection de photogrammes de films expérimentaux qui tissent un lien poétique avec son imaginaire de la nuit.