1-Néon

Espace sous tension


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Il porte bien son nom cet animal. Haineux. C’est légitime, il y a de la révolte, de l’eau dans le gaz. Découvert par deux blouses, dans un laboratoire d’Albion, au pied du podium de l’univers. C’était le temps des zeppelins et des corn flakes, les exorcistes sur sofa faisaient florès. Il était nouveau le fantôme, et parfait, et rare, et noble encore. Farouche comme une souris de couvent, une sorte d’éther à chair de rêve et aux colères à face de sang. On l’a anatomisé, tous et partout et tout le temps, trituré, comprimé, condensé, chauffé, dilaté, liquéfié, mixé, atomisé ; fallait bien qu’il serve à quelque chose ! Et puis, on a trouvé. Le fauve a été mis aux fers, enfermé dans des tubes de verre, domestiqué en Lucifer. L’infini ne peut plus prendre l’air. On ratiboise ses baïonnettes, on fiche son culot, on électrise sa carne ; sacré tour de vice. Et faut voir comme on y va, on excite, on ionise, on décharge, la main lourde sur le bitoniau, plus zélée qu’un pou, qu’on tripote, qu’on cajole, jour et nuit, au besoin et à l’envi, et l’autre là-haut, caméléon de plafond, qu’en finit plus de convulser, l’épileptique, de cabrioler sur les genoux du vieux Sparky. Ca amoche drôlement de chevaucher la foudre. Il n’a pas supporté. Les plombs ont sauté. Son identité s’est troublée, dissociée ; tout de même on aurait pu s’en douter. Ca ne se panse pas de telles séquelles, pareil court-circuit dans la cervelle, oh non, ça ne se pense pas. Ce serait cruel.

Une bestiole à trois têtes on a dompté, l’une qui bat les sentiers de la Kabbale, l’autre qui pèse son âme au blackjack, la dernière…cherchons en vain. Rebaptisons-le Protée, il est pluriel, c’est singulier. Un coquelicot poudré, une étoile gazée. Chevalier sans aine, espion travesti, mignon comme milli.

Pour sûr il en éclaire, et pas seulement des lumières. Ici une vigie d’hôpital, là une chaleur de hangar, et au fond, tapit et grésillant, l’enseigne d’une maison aux filles contraires à son nom.

Lumière de nuit aussi, ultraviolée, nimbant des corps qui phosphorent jusqu’aux aurores.

Lumière d’enquête, traquant les miettes, les gamètes, et autres souillures suspectes.

Un feu seigneur, galvaudé, réifié, réduit à une métonymie. De l’orage en linceul en somme, un recycleur de droïdes. Plus qu’une gourde à tonnerre, un empereur qui manque d’air, de la couleur sous ampère. Il se détendait depuis des lustres, inerte, les atomes atones, vautré dans le vide, sans rien pour le troubler, ni personne, que des lampistes, chasseurs de vapeurs, qui aspirent à lui clouer le bec. On connaît la suite. On le capture, une nuit d’ennuis, on lui fait voir trente-six chandelles ; j’entends qu’on crie à la lanterne. On se justifie aussi : les candélabres se délabrent ; le firmament, c’est le remplacement du filament. L’anar devient le rejeton d’un nazillon ; visez le destin. C’était tout et puis c’est rien, c’était et puis s’éteint.

Faut être néon pour sonder le néant.

Dynamo - Grand Palais - Credits : Pauline Brami
Dynamo – Grand Palais – Credits : Pauline Brami

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