2-Or

Golden hair


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« La blondeurc’est l’or, la lumière, la richesse, le rêve, le nimbe » écrivit Stephane Mallarmé.

L’or attise depuis tout temps les convoitises. Les cheveux blonds aussi. Ils renvoient tous deux à un monde d’évocations semblables. Symbole de puissance solaire, d’innocence, d’élévation ou encore de séduction charnelle, la blondeur a été consacrée par les légendes, mythologies et idéologies comme objet de fantasme ambivalent, modèle de vertu ou de vice selon les époques et les cultures.

Franck Cadogan Cowper (1907) Vanity
Franck Cadogan Cowper (1907) Vanity

La chevelure envoutante et trouble

Ses cheveux étaient une toison d’or humide, chaque cheveu semblait un fil d’or fin dans une coupe de verre. Oscar Wilde, Le pêcheur et son âme

Dès l’antiquité, des dieux et des déesses mythologiques, faisant figures de maîtres à penser pour les hommes, ont pour trait distinctif une blondeur miroitante. Les cheveux d’or d’Apollon tels des rayons solaires, évoquent ses valeurs de perfection, de lumière et de passion enflammée. Pour Déméter, cette chevelure assimilée au blé exprime le pouvoir de renouvellement de la nature. Le caractère invincible et puissant d’Achille ou d’Héraclès, deux héros majeurs, est personnifié par leur chevelure éclatante. Critère de valorisation divine selon les mythes, la blondeur s’est ainsi établie comme un symbole d’enchantement dans la mémoire de l’humanité.

Les représentations bibliques ont, elles aussi, déroulé le fil d’or qui a permis à la blondeur de se parer de nouvelles significations. On l’associe là à un caractère dual : elle qualifie à la fois la figure divine et profane. Ainsi, dans l’iconographie chrétienne, les anges sont dépeints avec des boucles claires, Marie qui incarne la pureté et la virginité est parée de cheveux blonds et les saints sont nimbés d’une auréole d’or telle une crinière solaire. Dans une perspective autre, Marie-Madeleine, dotée de ses longs cheveux ambrés qui recouvrent son corps nu, fait l’allégorie de la luxure et de la séduction.

Fra Angelico peintre de la Renaissance italienne, peint ici à l’or fin les cheveux blonds de la Vierge de l’Annonciation.

Fra Angelico, vers 1432-1433, Annonciation (détail), Cortona, Museo Diocesano

Le même procédé est utilisé par Gregor Erhart pour sa scultpture de Marie-Madeleine dont la représentation se rapproche de celle de Venus de Boticelli, évocatrice du charme sensuel.

Boticelli (1444/45-1510), Venus, Staatliche Museen Berlin
Boticelli (1444/45-1510), Venus, Staatliche Museen Berlin
Gregor Erhart (1470-1540), Saint Marie-Madeleine, Musée du Louvre
Gregor Erhart (1470-1540), Saint Marie-Madeleine, Musée du Louvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Blondeur comme motif artistique complexe

La nature captivante et dangereuse de la chevelure d’or est une figure reprise par les légendes telles que celle de La Loreley contant le destin d’une femme ambigüe à la chevelure ondoyante ; elle  envoute tout homme croisant son chemin et de sa beauté fracassante provoque leur mort. Souffrant elle-même d’une paradoxale solitude, elle finit par se suicider en regardant son propre reflet. Trouble, belle et malheureuse, c’est la femme idéalisée d’Apollinaire qui lui dédit un poème lyrique de son recueil Alcools (1913) lequel commence et finit par l’évocation de la chevelure blonde.

À Bacharach il y avait une sorcière blonde

Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

{…}

Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley

Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Dans une époque plus moderne, l’idée de créature féminine blonde et énigmatique a été le trait stylistique marquant des films d’Hitchcock. Selon lui «la femme blonde est comme le suspense {…}. Plus grande est la part d’imagination, plus grande est l’émotion. ». Ainsi, le caractère maîtrisé et sec de ses héroïnes permet d’évoquer avec subtilité une vie intérieure enflammée et cauchemardesque. Les névroses.

L’extrême blondeur

Le pouvoir envoutant de la blondeur a été manipulé à des fins extrémistes, telle l’idéologie conçue par Adolf Lanz, préfigurant le nazisme, qui met en exergue cette qualité comme premier critère de supériorité de la race Aryenne. Sur la base de ce critère seul, s’ensuivront des comportements des plus troublants pour notre espèce. Anselm Kiefer, artiste allemand né en 1945 s’interroge sur l’identité germanique d’après guerre ; hanté par les poèmes de Paul Celan, poète martyre de la seconde guerre mondiale, il choisit de représenter la blondeur de Margarete – image de l’Allemagne – par de la paille, matière pauvre qui évoque la misère, la sècheresse, la ruine, l’extrême dénuement. Ainsi, la dorure perd de son éclat.

Anselm Kiefer (1981) margarete
Anselm Kiefer (1981) Margarete

L’impérialisme oxygéné

Fruit de l’association de deux allèles récessifs, les blonds ne sont seulement que 3 millions sur une population de 6 milliards. Tout comme l’or, la rareté de cette qualité ne fait que décupler son attrait.

De la pin-up à la crinière oxygénée, est né le mythe de star hollywoodienne figuré par Jean Harlow, Mae West ou encore Marilyn Monroe. Ce modèle mis en valeur par le septième art provoque un fanatisme blond à partir des années 40, quand une vague de décoloration se propage aux Etats-Unis. Depuis, la blondeur s’est imposée comme un diktat esthétique et féminin sans pareil qui n’est même plus exclusivement réservé à une typologie nordique, en prouve les physiques japonais ou d’origine africaine. Et ceci grâce à la décoloration qui est devenue pour les cheveux ce que la pierre philosophale aurait pu être pour le plomb se transmutant en or.

Marilyn (1953) 'Gentlemen prefer blonds'
Marilyn (1953) ‘Gentlemen prefer blonds’

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