Versailles, l’Antre Solaire

Share

Recommandations d’ambiance musicale :

–          Deux siècles de musique à Versailles, réalisé par Olivier Simonnet en 2007

–          Lully, Passacaille d’Armide : 

           http://www.youtube.com/watch?v=RK6k0oF8OHM

–          Jean-Philippe Rameau, La Forqueray : 

           http://www.youtube.com/watch?v=q91uKmNW8js

–          François Couperin, Les barricades mystérieuses : 

            http://www.youtube.com/watch?v=8O_oeMTnn84

–          François Couperin, Leçons de Ténèbres : 

            http://www.youtube.com/watch?v=IvCXYb76iF8

–          Marin Marais, Le badinage : 

            http://www.youtube.com/watch?v=Dzw8gtqsvDM

–          Charpentier, Magnificat : 

            http://www.youtube.com/watch?v=busCmvtq0tw

–          Robert de Visée, Mascarade à la théorbe : 

            http://www.youtube.com/watch?v=E894DQJJn0s

–          Jean-Philippe Rameau, Les Indes Galantes, Air des sauvages :

           http://www.youtube.com/watch?v=3zegtH-acXE

 

Credits : EPV / Thomas Garnier
Credits : EPV / Thomas Garnier

Quel endroit autre que Versailles peut prétendre avoir réuni tant de grandes figures de l’histoire ? Tant d’artistes ? Tant d’intrigues et de passion au même endroit ?

Le château de Versailles, lieu de culture, lieu d’idées, lieu d’échanges, a rayonné bien au-delà des frontières de la France, dans l’Europe entière, qui, les yeux rivés sur cet antre solaire, ne savait que faire pour rivaliser de créativité.

Comment imaginer qu’au même lieu, à la même époque, furent réunis autour du plus grand roi du monde, des jardiniers-paysagistes comme Le Nôtre, assez exceptionnels pour marquer l’art de penser la nature à jamais, des architectes comme Le Vau ou Hardouin-Mansart, capables de dessiner les plus beaux espaces de la terre, des peintres comme Le Brun, Mignard, Poussin, des écrivains tels Corneille, Molière, Racine, Boileau, La Fontaine, Mme de Sévigné, Perrault, La Bruyère, Saint-Simon, LaRochefoucauld, ayant manié comme personne les plus beaux ornements de la langue française, des philosophes comme Descartes, Leibniz, ainsi que des musiciens comme Lully, Couperin, Rameau et tant d’autres !

Credits - Elise Marie Allonas
Credits – Elise Marie Allonas

Versailles est entièrement né d’un rêve, d’une unique volonté, de l’idée fantastique que s’en faisait un seul homme, Louis XIV. Versailles est un palais fruit de son seul désir, un lieu bien à lui, un lieu miroir de ses envies, de ses aspirations et de ses ambitions, un lieu où aucun de ses ancêtres n’a imprimé, avant lui, son goût, sa marque, ses passions, comme c’est le cas au Louvre, à Fontainebleau ou à Saint-Germain. A personne exceptionnelle, château exceptionnel. Louis XIV n’allait certainement pas se contenter de reprendre l’habitat de l’un de ceux qui l’ont, sur le trône, précédé.

Versailles existait avant l’accession au pouvoir du roi Louis XIV. C’était alors un modeste relais de chasse construit par Louis XIII qui aimait s’y réfugier pour échapper à l’étouffante cour qui s’entassait au palais du Louvre et y pratiquer en toute liberté sa passion pour la chasse. L’ambassadeur de Venise, moqueur, l’avait qualifié de « piccola casa per ricreazione », « petite maison de divertissement » absolument indigne d’un souverain de France et de sa grandeur. Entouré de marécages, situé sur une butte venteuse au milieu d’une nature hostile, le refuge fut tout de même agrandi, au fil des années, jusqu’à devenir un petit château de brique rouge, toujours aussi insignifiant. Doté d’une esquisse de jardins peu convaincante, rien ne le prédestinait à devenir le centre de l’Europe, le palais du soleil.

EPV / Christian Milet
EPV / Christian Milet

Alors pourquoi Louis XIV a-t-il, après le décès de son père, jeté son dévolu sur Versailles pour y construire son immense demeure et la résidence de toute sa cour, faisant fi des réticences de Colbert ? A quels desseins le roi cherchait-il à répondre en  décidant d’entreprendre des travaux colossaux pour transformer le refuge en palais grandiose ?

Versailles répond à trois désirs souverains et indiscutables : celui du fier plaisir de contraindre la nature ingrate pour y faire émerger une œuvre merveille, entièrement personnelle ; celui de surveiller étroitement les grands seigneurs de France et de les avoir tous réunis sous le joug de son regard ; celui, enfin, de magnifier la gloire royale, d’en faire un miroir, un livre de son œuvre.

versailles grille

* * *

Versailles ou le fier et superbe plaisir de contraindre la nature

Versailles a été érigé contre vents et marécages, dans un lieu nullement destiné à recevoir pareil palais. Colbert était d’ailleurs farouchement opposé à ce projet, bien trop déraisonné pour sa constante et prudente rationalité. Versailles est donc l’entier résultat de la seule volonté du roi Louis XIV, farouchement déterminé à aller au bout de ses idées.

Le mystère continue cependant à planer sur les raisons exactes ayant décidé Louis à XIV à entreprendre, à Versailles, un si colossal chantier. On peut cependant soupçonner, en se basant sur la date de commencement des travaux, assez révélatrice – 1661 – que l’arrestation de Fouquet ait joué un rôle déterminant dans la volonté du roi de posséder une création architecturale et paysagère entièrement personnelle, à l’image de Vaux-le-Vicomte, la splendide demeure du surintendant déchu.

Un roi qui commençait son règne en supprimant la figure de Premier ministre, en remodelant les Conseils, en écartant sa mère, la reine Anne d’Autriche, et en imposant une manière personnelle de gouverner ne pouvait se satisfaire des châteaux où ses prédécesseurs avaient tant imposé leurs marques et se devait de créer une demeure unique, à son image, à sa hauteur, dont la beauté, la perfection et la grandeur surpasseraient en tous points celles des autres demeures.

SONY DSC
Château de Vaux-le-Vicomte

L’influence de Fouquet se lit encore plus précisément dans le choix, par Louis XIV, du trio qui façonna Versailles : l’architecte Le Vau, qui avait brillé d’idées et d’innovations à Vaux-le-Vicomte fut immédiatement embauché à Versailles, de même que le peintre Le Brun, à l’origine des décors fastueux du palais de Fouquet, et le jardinier Le Nôtre qui y avait révolutionné l’art des jardins. Le roi racheta également une bonne partie du mobilier ainsi que des tapisseries de son surintendant écarté, et confisqua les arbrisseaux de son orangerie pour peupler la sienne.

L'Orangerie de Versailles
L’Orangerie de Versailles

Outre Fouquet, Louis XIV a pu être guidé vers le refuge de son père par ses passions : celle de la chasse – les forêts de Versailles avaient la réputation d’être particulièrement giboyeuses – mais également celle de la galanterie, car le petit château, perdu dans cette nature encore préservée, représentait la cachette parfaite pour inaugurer le « règne des amours » et honorer de sa passion la fragile Louise de la Vallière que son goût préférait à la pieuse reine Marie-Thérèse.

Ni la nature ingrate ni Colbert ne purent donc longtemps s’opposer aux désirs de Louis Dieudonné. Il ordonna la mobilisation de plus de 500 hommes pour transporter la terre, niveler le terrain pour permettre à Le Nôtre d’y déployer tout son art et de créer une perspective d’une amplitude unique et étourdissante.

Avant d’être un palais, Versailles fut un splendide jardin, entièrement façonné de la main de l’homme. Pressé d’obtenir ce qu’il désirait, Louis XIV ne pouvait envisager de se plier aux délais imposés par la nature et ordonna que l’on fasse venir des arbres déjà adultes dont on n’aurait pas à attendre la croissance. Il demanda également à ce que l’on créât, partout, des bassins et des canaux pour assécher un sol naturellement humide et marécageux.

Le roi ne cessa jamais de chercher à contourner les contraintes naturelles, voulant étendre son pouvoir grandissant sur le royaume et l’Europe à la nature elle-même. L’exemple le plus probant fut sans nul doute les efforts considérables qu’il entreprit constamment pour améliorer l’alimentation de Versailles en eau, dans le seul et unique dessein d’impression ses invités par le spectacle de ses fontaines uniques en Europe.

Il fit d’abord construire 170km de rigoles et 40km d’aqueducs souterrains, mais cela ne suffit pas à assurer la pression et la quantité d’eau nécessaires à la multiplication et à la complexification des nombreux jeux d’eau du parc, l’imagination et la créativité humaine courant loin devant ce qu’il était alors possible de réaliser techniquement.

La quête d’une pression suffisante devint alors une véritable obsession royale, à tel point qu’en 1673, alors qu’il se trouvait sur le front de Hollande, encerclé de troupes et de canons, le roi écrivit à Colbert ces quelques lignes surprenantes : « Il faut faire en sorte que les pompes de Versailles aillent bien. Que lorsque j’arriverais je les trouve en état de ne pas me donner du chagrin en se rompant à tout moment ».

Mais la conquête de l’Europe se révéla être plus aidée que celle de la nature et de ses éléments. Ne supportant plus de voir le jet d’eau d’une fontaine faiblir et vaciller lorsque l’on venait à en allumer une autre, le roi ordonna que l’on consulte mathématiciens et ingénieurs pour améliorer les techniques de pompage. On captura et détourna toutes les sources de la région. On alla même jusqu’à construire une énorme pompe sur la Seine, la fameuse machine de Marly. On tenta également de contourner l’Eure, dans les années 1684-1686, en mobilisant 32 000 hommes pour construire l’aqueduc de Maintenon. Toutes ces expériences, démesurément ridicules, réalisées au grand dam de Colbert, se soldèrent par un vaste échec.

La machine de Marly
La machine de Marly

Si l’ambition nourrie par le roi Louis XIV pour ses jardins était sans limite, c’est qu’il souhaitait que ceux-ci compensent la petite taille du relais de chasse de son père. La splendeur, l’immensité, la créativité des jardins devaient faire oublier à ses invités la modestie de la demeure, et accueillir les centaines de convives que celle-ci n’était pas en mesure d’accueillir.

Le premier Versailles fut donc celui des fêtes de plein air enchanteresses où, parmi les fontaines, avec, pour décor naturel, la perspective du grand canal, on donnait les pièces de Molière, on se régalait des fruits qui débordaient des coupelles et l’on admirait, des plus belles femmes d’Europe, les robes de soie et de dentelles, comme lors de la fête des Plaisirs de l’île enchantée en 1664, qui dura plus d’une semaine et fut entièrement organisée en l’honneur de Louise de la Vallière.

Fête des plaisirs de l'Ile Enchantée en 1664 - Théâtre dressé au milieu du grand étang - Gravure d'Israël Silvestre
Fête des plaisirs de l’Ile Enchantée en 1664 – Théâtre dressé au milieu du grand étang – Gravure d’Israël Silvestre

Le gros œuvre des travaux concernant le château en lui-même s’étala sur plus de cinquante ans. Versailles ne cessa, tout au long du règne de Louis XIV, d’être un grand chantier. Plusieurs générations de bâtisseurs s’y succédèrent et la princesse Palatine, seconde épouse de Monsieur, aimait déclarer qu’« Il n’y a pas un endroit, à Versailles, qui n’ait été modifié dix fois ».

Mais revenons à notre interrogation de départ, pourquoi Versailles ?

* * *

Versailles, théâtre du roi

Louis XIV se voulait fédérateur, solaire. Toutes et tous devaient être rassemblés sous sa lumière, qu’il s’agisse de l’administration royale ou de l’aristocratie, que le roi souhaitait constamment avoir sous son attentif regard.

Au début du règne de Louis XIV, la cour, traditionnellement itinérante, continuait à se déplacer de château en château au gré des saisons. Un rythme nomade qui engendrait de considérables coûts d’administration en multipliant les courriers, retardant ainsi les ordres et leur exécution. Or, le développement constant de l’administration et de l’organisation du territoire français, sous le règne de Louis XIV, n’autorisait plus cette errance et cette instabilité permanente.

Mais la France n’était pas la seule entité que le roi avait à cœur de domestiquer, d’organiser et de surveiller. Il souhaitait que la cour toute entière se range également sous son joug et que les aristocrates malcontents n’aient plus la possibilité de fomenter, dans leurs terres lointaines, les complots qui avaient il y a si peu de temps menés à cette Fronde qui l’avait tant fait souffrir enfant.

Le roi préférait voir ses courtisans se battre pour avoir le privilège à la fois sublime et ridicule de tenir son bougeoir lors du coucher plutôt que pour prendre la tête d’un bataillon destiné à le destituer. Le changement d’échelle qu’il entreprit sous son règne fut considérable : il décida que désormais, les faveurs accordées à l’un ou à l’autre relèveraient des affaires de la vie courante, sans conséquences politiques. Il s’agirait, par exemple, du droit de l’accompagner, avec ses proches, à Marly, ou encore, de celui d’obtenir un appartement à Versailles, plus ou moins proche de l’aile centrale dans laquelle se trouvait la chambre royale. Et cela fonctionna à merveille, les aristocrates se hâtèrent de se plier aux désirs royaux pour obtenir ces nouvelles marques de distinction de toutes pièces créées. Et tout son règne durant, le roi n’eut à souffrir nulle tentative d’attentat, contrairement à ses prédécesseurs et à ses successeurs.

Versailles offrait donc à Louis XIV la possibilité de parvenir à ses desseins : bâtir de toutes pièces une création entièrement personnelle, disposer d’espace pour stabiliser l’administration et accueillir toute la noblesse du royaume dans une ville royale qui ne cessa de s’étendre par l’édification d’hôtels particuliers répondant à des critères bien particuliers, dont celui de ne pas dépasser la hauteur d’un étage et d’un comble afin de ne pas gêner la vue du roi et de la Cour à Versailles.

Désormais, tous savaient que le centre de l’Etat, voire de l’Europe, était Versailles, et que pour obtenir une charge, une faveur ou une réponse à ses demandes, c’est à Versailles, et nulle part ailleurs, qu’il fallait être.

Credits : Elise Marie Allonas
Credits : Elise Marie Allonas

Les plus chanceux jouissaient du privilège suprême d’avoir à leur disposition un logement au sein même du château, indispensable pour changer de tenue plusieurs fois par jour et faire au mieux au roi la cour. Cependant, obtenir cet honneur, accordé ou refusé par le seul souverain, nécessitait assiduité et totale soumission.

Désormais, exister, c’était vivre auprès du roi. Car celui que le roi ne voit pas n’existe pas. Saint-Simon écrit ainsi dans ses Mémoires : « C’était un démérite aux uns de ne faire pas de la cour son séjour ordinaire, aux autres d’y venir rarement, et une disgrâce sûre pour qui n’y venait jamais ». En effet, lorsque le roi déclarait « C’est quelqu’un que je ne vois jamais à Versailles », ces quelques mots retentissaient comme une disqualification. A Versailles, il faut se distinguer, se faire voir et être vue sur le passage du roi, lorsqu’il traverse la grande galerie pour se rendre à la messe, ou lors des cérémonies.

EPV / Christian-Milet
EPV / Christian-Milet

En une génération, les seigneurs furent métamorphosés en courtisans serviles. Une haute naissance n’était désormais plus suffisante pour obtenir, par exemple, un logement confortable à Versailles : il fallait faire sa cour. Dans les nuances infinies de la disgrâce, perdre son logement à Versailles était une mortification redoutée, dont savait habilement jouer le souverain.

Le roi apprit de la Fronde qu’il fallait écarter les grands seigneurs de l’instance du gouvernement. Les représentants des grands lignages étaient donc interdits d’aborder tout sujet politique à Versailles. On parle de jeux, de divertissements, on raconte les derniers commérages et l’on se dévoue au souverain, mais l’on n’aborde pas le sujet de l’Etat.

Louis XIV va perfectionner et pousser à bout le système de la Cour, encourageant les jeux de jalousie, la compétition pour les faveurs qu’il est seul à dispenser.

Ainsi, La Fontaine écrit, dans Les obsèques de la Lionne

« Je définis la cour un pays où les gens,

Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,

Sont ce qu’il plaît au prince ou, s’ils ne peuvent l’être,

Tâchent au moins de le paraître.

Peuple caméléon, peuple singe du maître,

On dirait qu’un esprit anime mille corps :

C’est bien là que les gens sont de simples ressorts »

Le mouvement programmé, déterminé, réglé du ressort rappelle qu’à Versailles, tout est actionné d’en haut par le souverain, créateur d’un décor dans lequel rien n’est laissé au hasard et tout est calculé pour obtenir l’effet recherché.

Un décor de théâtre, dans lequel Louis XIV est metteur en scène et acteur principal. Un décor miroir, qui reflète l’image que le roi souhaite donner de lui-même et donc, de l’Etat.

Credits : Elise Marie Allonas
Credits : Elise Marie Allonas

* * *

Versailles, miroir de la propagande royale

Versailles est le miroir de la propagande royale, un véritable livre architectural dont chaque détail vient servir la gloire absolue de son créateur.

Credits : Elise Marie Allonas
Credits : Elise Marie Allonas

Le palais est tout entier investi par la symbolique solaire, astre autour duquel gravite toutes les planètes. La chambre du roi, située au centre du château, donne d’ailleurs sur l’Est, là où se lève le soleil, tandis que l’année centrale des jardins de Versailles, prolongée par le grand canal, suit la course du soleil, d’Est en Ouest.

Entrevue du lit royal, séparé du monde par une balustrade d'or.
Entrevue du lit royal, séparé du monde par une balustrade d’or. Le célèbre lit, dont les motifs ont été choisis par Louis XIV, et où avaient lieu les cérémonies du lever et du coucher. Le roi rendit ici son dernier soupir, le 1er septembre 1715.

Le lit du roi est tourné vers la ville de Versailles, qui s’organise autour de trois grands axes qui se rejoignent devant la grille d’entrée du château, face au regard souverain. La Salle du Conseil, espace de décision politique du pouvoir royal dont les décisions rayonnent ensuite à travers tout le royaume, jouxte la chambre du roi soleil.

Versailles fut à la fois le lieu où s’exerçait le pouvoir absolu, et le lieu où ce pouvoir absolu fut représenté.

Dans la galerie des glaces, espace clé du château, la peinture centrale n’est autre que celle portant la légende « Le roi gouverne par lui-même », représentant Louis XIV, la main posée sur le timon d’un navire, seul capitaine à bord du grand vaisseau de l’Etat.

Véritable manifeste politique économique, la galerie des glaces, destinée à créer l’admiration de tous, affiche, aux yeux du monde entier, la grandeur du royaume de France. Ses miroirs, d’une blancheur et d’une taille remarquable pour l’époque, prouvent à Murano et Venise que désormais, les manufactures de verre du royaume, installées à Saint-Gobain, égalent voire surpassent leur artisanat.

Ses peintures délaissent les héros de la mythologie, au profit des exploits, largement exagérés, d’un roi suffisamment sûr de sa gloire pour pouvoir se passer d’Apollon et d’Hercule, les reléguant définitivement au passé.

Versailles 7

Son ampleur inédite pour l’époque et surtout, ses dix-sept grandes fenêtres laissant entrer la clarté et le soleil, font vantent la prospérité du pays ainsi que de la paix dont celui-ci jouit : plus besoin d’épais murs d’enceinte et de donjons, grâce aux fortifications de Vauban, le territoire est désormais en sécurité et l’on peut laisser libre cours aux goûts les plus exquis pour construire de nouveaux palais n’ayant plus à se soumettre aux impératifs de la défense.

Les jardins de Versailles, eux aussi ouverts sur l’infini, à la différence du jardin médiéval, qui était un espace clos, invitent à conquérir la nature lointaine, celle qui n’a pas encore été domestiquée, comme autant de territoires qui se plièrent, tout au long du règne de Louis XIV, sous le joug du pouvoir absolu.

IMGP4718
Credits : Elise Marie Allonas