La cire sacrée

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Dan Flavin, sculpteur de l’espace

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Duchamp, 1917-1964, Fontaine, coll. Centre Pompidou-1
Marcel Duchamp, Fontaine, 1917-1964, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou
Andy Warhol, One Hundred CampbellÕs Soup  Cans, 1962, The Andy Warhol Foundation-1
Andy Warhol, One Hundred Campbell’s Soup Cans, 1962, The Andy Warhol Foundation

Au XXe siècle, l’art perd la tête. Duchamp expose un bête urinoir, Wharhol reproduit 100 boîtes de soupes Campbell’s sur une toile. Dan Flavin explore une autre piste : celle du néon comme seul sujet artistique. Et la lumière fût…

Sa première expérience avec son tube lumineux favori remonte au 25 mai 1963. Flavin décide de fixer un unique néon, en diagonale, sur le mur de son atelier. A geste minimaliste, titre minimaliste : l’œuvre ainsi créée s’intitulera… « La diagonale du 25 mai 1963 ».

Dan Flavin, La diagonale du 25 mai, 1963, Courtesy of the San Francisco Museum of Modern Art
Dan Flavin, La diagonale du 25 mai, 1963, Courtesy of the San Francisco Museum of Modern Art

Pourtant élevé dans un milieu très religieux (il a failli devenir prêtre !), Dan Flavin, rebelle, créé dans le monde de l’art la première lumière totalement laïque. Au mur, au sol ou dans les recoins d’une pièce, ses néons colorés modifient notre perception de l’espace pour nous plonger dans une ambiance lumineuse particulière. Son œuvre Untitled (To Donna 5a) de 1971, en est une parfaite illustration.

(image : Dan Flavin, Untitled (To Donna 5a), 1971, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou)
Dan Flavin, Untitled (To Donna 5a), 1971, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou

L’installation est sobrement composée de plusieurs néons d’intensité et de couleurs différentes, assemblés en carré sur une structure métallique. Dan Flavin révèle ainsi les effets d’optique que produisent les couleurs dans l’angle d’une pièce. Disposés dans un coin, les néons lumineux modifient les caractéristiques de l’espace : l’angle, ordinairement visible, disparaît pour laisser apparaître d’autres lignes architecturales. Par un simple jeu de néons de couleur, Dan Flavin reconstruit l’espace, à l’instar d’un architecte.

Mais le chef d’œuvre de Dan Flavin est sans doute Untitled (Monument for Vladimir Tatline), réalisé en hommage à cet artiste russe qui, en 1920, avait conçu une sculpture monumentale (une spirale de 400 mètres de haut !) qui resta à l’état de projet.

Tatline, Monument à la IIIe Internationale, 1920 ; Dan Flavin, Untitled (Monument for Vladimir Tatline), 1975, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou
Tatline, Monument à la IIIe Internationale, 1920 ; Dan Flavin, Untitled (Monument for Vladimir Tatline), 1975, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou

Composée de néons de plus de 2 mètres de haut posés sur un mur blanc, l’œuvre de Flavin rappelle une fusée ou un vaisseau spatial. Son but n’est pas de reproduire fidèlement le monument de Tatline, mais d’irradier l’espace de lumière blanche. Ainsi ? L’objet se confond avec l’espace réel, et le contexte devient contenu. La caractéristique principale de l’Art minimal dans lequel Flavin s’inscrit.

Des œuvres de Dan Flavin sont présentées à l’exposition Dynamo au Grand Palais. Prêt pour cette expérience sensorielle et visuelle ?

Dan Flavin, Untitled (to you, Heiner, with Admiration and Affection) 1973. New York, Dia Art Foundation.
Dan Flavin, Untitled (to you, Heiner, with Admiration and Affection) 1973. New York, Dia Art Foundation.

Bruce Nauman – l’art agressif

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Vous connaissez Bruce Nauman ? Lequel connaissez-vous au juste ? Celui qui fait des vidéos, celui qui se fossilise, celui qui peint, celui qui chante ou celui qui joue avec la lumière ?

Attention, nous parlons ici de BRUCE NAUMAN, celui que vous trouverez dans toutes les encyclopédies d’art du XXème. Ce n’est donc pas n’importe quel Bruce, c’est un artiste prolifique, protéiforme et dérangeant, voire franchement agaçant quand il vous présente un clown hurlant a perpétuité comme celui que vous pourrez admirer chez François Pinault à Venise, Punta de la Dogana.

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Bruce Nauman – Studies for Holograms, 1970 (in Staging Action: Performance in Photography since 1960 @ MoMA)

Bruce est un colérique. S’il a commencé son œuvre dans les années 60 par des photographies, sculptures ou performances filmées montrant des parties de son propre corps déformé, disloqué voir découpé, il se rapproche dès les années 70 d’un art conceptuel et minimal en travaillant sur la linguistique, la lumière et les vidéos afin de susciter des perceptions aiguës chez le spectateur. Mais l’idée sous-jacente est toujours la même : le traitement des contradictions inhérentes à l’être humain. Ainsi il opposera le sexe et la violence, l’humour et l’horreur, la vie et la mort, le plaisir et la douleur…

En 1991, il produit l’une de ses œuvres vidéos majeures : ANTHRO/SOCIO (Rinde Facing Camera). Une tête rasée tournante sur six moniteurs et trois murs crie de manière répétée et discontinue avec une gravité étourdissante : « Feed Me/Eat Me/Anthropology », « Help Me/Hurt Me/Sociology » et « Feed Me/Help Me/EatMe/Hurt Me ». Paroles brutales renvoyant à la condition humaine caractérisée par ses dépendances, son malaise, ses désirs. L’encerclement du spectateur par la même vidéo répétée en simultané intensifie la sensation d’oppression. Ces mots peuvent en appeler d’autres dans nos mémoires propres à chacun, tout comme le physique de cet homme rasé assez neutre peut rappeler d’autres visages familiers. Ainsi, plus qu’à un individu en particulier, la vidéo semble s’adresser à la foule, à l’être humain en général (anthropology), aux groupes sociaux (sociology) créant un malaise bien plus important : la violence marquant la mémoire collective.

One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.
One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.

Ses installations lumineuses font écho à ses vidéos et à ses performances. Elles cherchent aussi à immerger le spectateur dans une expérience sensorielle forte. La lumière du Néon étant diffuse et lancinante. Et tout comme avec ses vidéos, il y introduit des éléments linguistiques chargés de sens. Ainsi dans sa forme Bruce Nauman empreinte certains codes de l’art minimal – utilisation de l’espace, formes géométriques, matière brute, répétition – mais charge son œuvre d’une importante teneur psychologique, obsessionnelle voire angoissante de part les associations de mots qu’il utilise et le rythme des néons qui s’allument de manière alternée.

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Ce qui est certain concernant Bruce, c’est sa capacité à s’émerveiller de la modernité. Quoi de plus normal alors pour lui que de triturer des néons comme il manipule les pixels !

 

Epiphanie de la banalité – William Eggleston

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Apparu dans les années 20 aux Etats-Unis, le tube à Néon devient très vite la matière phare des enseignes commerciales et autres panneaux publicitaires. Les couleurs criardes de William Eggleston renvoient à cette source lumineuse, froide et vibrante laissant une atmosphère étrange se répandre à travers ses clichés.

 

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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

 

Des fast-foods, drive-in, motels au bord de l’autoroute. Un supermarché, un téléphone, une grand-mère à la coiffure bien soutenue. Un verre de limonade ou une affiche publicitaire. Des sujets d’apparence prosaïques.

Et pourtant.

Un sentiment étrange d’ennui et d’élévation. Les personnes paraissent vides d’enthousiasme au milieu de ces lieux aux allures consuméristes. Une atmosphère fantasmagorique semble se poser sur des scènes quotidiennes. L’œuvre photographique d’Eggleston interroge et mystifie le réel par la manipulation des résonnances de couleurs et des cadrages originaux. Les reflets fuchsias des néons imprègnent le paysage américain, étendu et silencieux. Le soleil d’or du sud des Etats-Unis intensifie les briques saturées et la peau tannée des jeunes filles. Les plans légèrement obliques et rapprochés sur des objets  ordinaires (téléphone, enseignes lumineuses, ampoule,…) nous laissent dubitatifs. L’idée du photographe est-elle de transfigurer la fonction première de ces objets ? Cherche-t-il à révéler une beauté qui leur seraient propres et que nous ne verrions pas par ailleurs ? Ou au contraire, veut-il dénoncer la futilité de cette modernité ? Il n’en demeure pas moins que l’on s’interroge.

William Eggleston, Untitled (Frontier Sign) from Lost and Found, 1965-1968
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Né en 1939 dans le Tennessee, William Eggleston est aujourd’hui connu comme l’inventeur de la photographie couleur. C’est en 1976 que le Moma lui offre sa première exposition. Celle-ci fait scandale. La photographie couleur jusque là réservée à la publicité et considérée comme vulgaire, n’avait jamais figuré dans un musée. De nombreux photographes contemporains suivront sa démarche par la suite sans pour autant réussir à recréer sa colorimétrie criarde obtenue par le biais d’une technique  qui demeure encore mystérieuse.

Les photographies de William Eggleston ont inspiré de nombreux photographes contemporains tels que Martin Parr, Nan Goldin, Jeff Wall ou encore Juergen Teller ainsi que des cinéastes américains à l’instar de Gus Van Sant et David Lynch. Il a récemment été récompensé de l’Outstanding Contribution to Photography award décerné par l’Organisation Mondiale de la Photographie (WPO).

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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
Untitled, Greenwood, Mississippi, 1973
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Retrouvez la biographie et l’actualité de William Eggleston sur https://www.artsy.net/artist/william-eggleston