Bruce Nauman – l’art agressif

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Vous connaissez Bruce Nauman ? Lequel connaissez-vous au juste ? Celui qui fait des vidéos, celui qui se fossilise, celui qui peint, celui qui chante ou celui qui joue avec la lumière ?

Attention, nous parlons ici de BRUCE NAUMAN, celui que vous trouverez dans toutes les encyclopédies d’art du XXème. Ce n’est donc pas n’importe quel Bruce, c’est un artiste prolifique, protéiforme et dérangeant, voire franchement agaçant quand il vous présente un clown hurlant a perpétuité comme celui que vous pourrez admirer chez François Pinault à Venise, Punta de la Dogana.

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Bruce Nauman – Studies for Holograms, 1970 (in Staging Action: Performance in Photography since 1960 @ MoMA)

Bruce est un colérique. S’il a commencé son œuvre dans les années 60 par des photographies, sculptures ou performances filmées montrant des parties de son propre corps déformé, disloqué voir découpé, il se rapproche dès les années 70 d’un art conceptuel et minimal en travaillant sur la linguistique, la lumière et les vidéos afin de susciter des perceptions aiguës chez le spectateur. Mais l’idée sous-jacente est toujours la même : le traitement des contradictions inhérentes à l’être humain. Ainsi il opposera le sexe et la violence, l’humour et l’horreur, la vie et la mort, le plaisir et la douleur…

En 1991, il produit l’une de ses œuvres vidéos majeures : ANTHRO/SOCIO (Rinde Facing Camera). Une tête rasée tournante sur six moniteurs et trois murs crie de manière répétée et discontinue avec une gravité étourdissante : « Feed Me/Eat Me/Anthropology », « Help Me/Hurt Me/Sociology » et « Feed Me/Help Me/EatMe/Hurt Me ». Paroles brutales renvoyant à la condition humaine caractérisée par ses dépendances, son malaise, ses désirs. L’encerclement du spectateur par la même vidéo répétée en simultané intensifie la sensation d’oppression. Ces mots peuvent en appeler d’autres dans nos mémoires propres à chacun, tout comme le physique de cet homme rasé assez neutre peut rappeler d’autres visages familiers. Ainsi, plus qu’à un individu en particulier, la vidéo semble s’adresser à la foule, à l’être humain en général (anthropology), aux groupes sociaux (sociology) créant un malaise bien plus important : la violence marquant la mémoire collective.

One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.
One Hundred Live and Die (1984) est considéré comme l’une de ses installations maîtresses.

Ses installations lumineuses font écho à ses vidéos et à ses performances. Elles cherchent aussi à immerger le spectateur dans une expérience sensorielle forte. La lumière du Néon étant diffuse et lancinante. Et tout comme avec ses vidéos, il y introduit des éléments linguistiques chargés de sens. Ainsi dans sa forme Bruce Nauman empreinte certains codes de l’art minimal – utilisation de l’espace, formes géométriques, matière brute, répétition – mais charge son œuvre d’une importante teneur psychologique, obsessionnelle voire angoissante de part les associations de mots qu’il utilise et le rythme des néons qui s’allument de manière alternée.

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Ce qui est certain concernant Bruce, c’est sa capacité à s’émerveiller de la modernité. Quoi de plus normal alors pour lui que de triturer des néons comme il manipule les pixels !