L’invitation du Néon

Share
Credits : Pete Angritt; Signs orginally built by Young Electric Sign Co. (YESCO)
Credits : Pete Angritt; Signs orginally built by Young Electric Sign Co. (YESCO)

US 93 – Cette route était interminable. L’obscurité se laissait glisser sur les roches rouges de l’ouest américain, caressant délicatement leurs sillons, et le ciel s’enflammait lentement, rivalisant avec la couleur de feu du sable désertique.

Lorsque tout fut plongé dans l’obscurité, il ne restait plus, pour seul compagnon dans ce grandiose écrin naturel, que cet immense ruban de goudron illuminé  qui s’élançait vers l’avant sans jamais que l’on ne puisse en voir la fin.

Les heures passaient, les musiques et leurs rythmes changeaient, mais le paysage demeurait intacte, immobile, telle une monotone litanie, berçant les passagers et guettant leur fatal sommeil.

Dans ces terres indiennes, plus de villes, plus de lumières urbaines étincelantes, accueillantes et rassurantes. Juste du désert, des canyons, des chevaux sauvages, et quelques bidonvilles parsemés çà et là, rappelant tristement la lancinante condition de ceux qui, il fut un temps, arpentaient fièrement, montés sur leurs chevaux tachetés, ces steppes arides du far ouest aux trésors, mystères et légendes jalousement gardés.

Puis soudain, au loin, une fête colorée de néons rassemblés, un point que l’œil ne peut manquer.

Jaillissant de l’horizon tel un feu d’artifice maîtrisé, attirant, dans le halo de sa luminosité, les voyageurs las et épuisés, le néon est comme une promesse d’humanité.

La promesse que cet îlot, certain, mais pour l’œil encore lointain, abrite une âme à qui parler, un coin de réconfort où se blottir, un sandwich, ou plutôt, aux Etats-Unis, un burger, à dévorer.

La promesse aussi de rencontres étonnantes, pour peu que l’on prenne le temps de s’asseoir et de rester, là, au milieu de nulle part, rassemblés comme des insectes autour d’une irrésistible lumière dans une nuit chaude d’été.

Celle du routier qui, épuisé, traverse le pays, de Chicago à San Francisco, celle de l’indienne dont l’étonnant visage raconte l’histoire, celle encore de l’inconnu qui, ne sachant plus vers quel foyer se tourner, est venu dépenser ses derniers quarters, porté par un ultime élan d’espoir, dans une machine à sous bruyante et colorée.

—-

Inspiré d’un arrêt dans un lieu improbable, quelques dizaines de miles avant Las Vegas, rassemblant un casino, un magasin de feux d’artifices, une station essence et un supermarché uniquement approvisionné en beef jerky et autres spécialités américaines hautement gastronomiques, fréquenté par des indiens, sheriff et autres égarés… « No Fireworks in the gas area », please !

Le néon cheval et cavalier de l'Hotel Hacienda - Neon Museum Las Vegas Fremont Street Gallery. Credits : The sign was designed by Brian Leming and built by Young Electric Sign Co. (YESCO)
Le néon « cheval et cavalier » de l’Hôtel Hacienda – Neon Museum Las Vegas Fremont Street Gallery.
Credits : The sign was designed by Brian Leming and built by Young Electric Sign Co. (YESCO)