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Lumière, richesse et splendeur des étoffes byzantines

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Le brocart, mariage subtil de la soie et de l’or, cher aux plus hauts dignitaires de l’Empire romain d’Orient n’en finit pas d’inspirer, saison après saison, les défilés contemporains des plus grandes maisons de couture.

Dans cette relecture historique d’un style emprunt d’hellénisme, d’orientalisme et de romanité, les maisons Chanel et Dolce & Gabbana ont offert à la « nouvelle Rome » de Constantin, un parfum d’éternité.

Une nouvelle Rome aux confins de l’Orient

An 395 : alors que l’empereur Théodose vient d’expirer, l’Empire romain se scinde en deux. Rome perd alors de sa superbe. La cité de Constantinople ne tarde pas à voir affluer de nombreuses familles patriciennes romaines séduites par le rêve d’un homme sorti victorieux de la bataille du pont Milvius.

Constantin Le Grand vient en effet de remporter une victoire décisive pour le contrôle de l’Empire face à Maxence grâce à un songe, selon lequel dit-on, un esprit l’exhorta à faire graver sur les boucliers de son armée un emblème semblable au chrisme – les deux premières lettres du mot « christ » selon l’alphabet grec – et de compléter de la maxime « par ce signe, tu vaincras ». L’armée de Maxence mise en déroute, Constantin peut désormais prendre le titre de Basileus Tôn Romaiôn  (« roi des romains »). Se sentant redevable de cette magie divine,  il se convertira au christianisme sur son lit de mort et posera les jalons d’un culte de bon aloi à Constantinople.

Mosaïque de l'entrée sud-ouest de la basilique Sainte-Sophie : l'empereur Justinien présentant la basilique ; la Vierge Marie et l'enfant Jésus ; l'empereur Constantin présentant la ville.
Mosaïque de l’entrée sud-ouest de la basilique Sainte-Sophie : l’empereur Justinien présentant la basilique ; la Vierge Marie et l’enfant Jésus ; l’empereur Constantin présentant la ville.

Contre toute attente, Constantin a choisi d’établir sa capitale sur les ruines de la cité antique de Byzance jadis fondée par des colons grecs originaires de Mégare. Le site, hautement stratégique, est admirablement situé à la croisée de l’Orient et de l’Occident, entre Mer Noire et Méditerranée, sur les rives de la Corne d’or et du Bosphore. Si l’empereur romain Septime Sévère avait pillé la ville, Constantin désirait désormais poursuivre les travaux d’un autre empereur romain, Caracalla, et lui rendre ainsi sa splendeur.

La proximité des carrières de marbre du Proconnèse sert son ambition de ressusciter la Rome impériale en y bâtissant de somptueuses villas et autres monuments. L’empereur s’emploie à perpétrer les us et coutumes en vigueur à Rome telles les distributions frumentaires, les jeux et les courses hippiques. Constantinople, la « ville de Constantin » finit par être consacrée « nouvelle Rome » par un décret impérial de 324.

La civilisation byzantine, résurgence de la civilisation romaine, plaque tournante du commerce de l’or et des étoffes précieuses, perdurera pendant onze siècles, traversant tout le Moyen Âge.

Reconstruction de Constantinople par Antoine Helbert.
Reconstruction de Constantinople par Antoine Helbert.

Constantinople, la gardienne du tissage en Europe

Le règne de Constantin est marqué par une effervescence intellectuelle et artistique. Avec lui le tissage de la soie prend une nouvelle dimension. Jusqu’à présent, les puissances européennes étaient en effet dépendantes d’une soie importée de Chine à l’état brut, au coût mirobolant. Conscient de l’enjeu que représente la production de textile, l’empereur se décider à charger deux moines de ramener des vers à soie. Ceux-ci s’exécutent et ramènent lesdits insectes dissimulés dans une canne creuse. C’est ainsi que les vers à soie et le Bombyx du mûrier font clandestinement leur apparition en Grèce en l’an 552.

L’élevage des Bombyx et la fabrication de la soie, devenus avec le temps, monopoles d’Etat, s’avèrent très lucratifs. Justinien soutient le développement des activités commerciales en dotant sa capitale, Constantinople, d’ateliers impériaux servant des clients parmi les plus illustres. Dès lors, brocarts et damassés byzantins deviennent une référence dans toute l’Eurasie.

Outre ses tissages exceptionnels, Constantinople se distingue également par son architecture, dont les décors et matériaux font écho aux précieux textiles. Au VIème siècle, Justinien se fait le chantre de l’orthodoxie chrétienne en bâtissant une basilique dédiée à la sagesse divine – Hagia Sophia -, Sainte-Sophie qui représentera aux yeux des archéologues, l’expression la plus complète, avec l’abside de Ravenne, de la somptuosité des étoffes du costume byzantin.

Les mosaïques qui ornent de part en part la basilique – aujourd’hui mosquée – proviennent d’un art typiquement oriental consistant en un savant assemblage de petits cubes émaillés aux coloris vifs mêlant oxydes métalliques à de la pâte de verre, intercalant cubes de nacre et de marbre ou encore, appliquant feuilles d’or et d’argent à la surface des cubes. Elles rappellent les entrelacs de fils précieux qui composent les étoffes produites par la cité.

1. Nef de l’abside Saint-Vital de Ravenne  2. Détail de la mosaïque du « cortège des saintes »,  basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne.
1. Nef de l’abside Saint-Vital de Ravenne
2. Détail de la mosaïque du « cortège des saintes », basilique Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne.

L’opulente majesté de la cour de Byzance

Les fresques recouvertes de mosaïques des églises San Vitale de Ravenne et Sainte-Sophie d’Istanbul donnant à voir saints, vierges et membres de la cour, sont les seuls témoins encore visibles du style vestimentaire byzantin.

Le costume byzantin s’est appuyé, pour une large part, sur l’appétence de l’Orient pour les joyaux, l’or, la soie et les tissus aux couleurs chatoyantes. Ainsi il n’était pas rare d’apercevoir des vêtements peints retraçant des scènes entières de la vie du Christ. Selon l’évêque Astérios d’Amasée, les dignitaires impériaux étaient semblables à des  « murs peints ambulants ». Ils portaient en effet de somptueuses étoffes de laine ou de soie aux mille coloris, souvent chamarrées de fils d’or ou d’argent mêlés dans la trame, parfois ornées de pierres précieuses.

Planche illustrée du costume byzantin figurant notamment l’empereur Justinien et son épouse Théodora, Costumes de toutes les nations, Albert Kretschmer, 1882.
Planche illustrée du costume byzantin figurant notamment l’empereur Justinien et son épouse Théodora, Costumes de toutes les nations, Albert Kretschmer, 1882.

Mais que l’on ne s’y trompe pas, si la cité de Constantinople était décrite comme la « ville d’or » en référence aux coupoles dorées de ses cinq cents églises et aux toits argentés de ses palais seigneuriaux, seule une minorité côtoyait la richesse, à savoir, les hauts fonctionnaires, les propriétaires terriens et les militaires.

Les personnes de condition modeste étaient simplement revêtues d’une tunique et d’un himation.

L’himation est un vêtement d’extérieur assimilable à un manteau. C’est une sorte de foulard brodé, posé sur l’épaule gauche et noué à la taille, que l’on laissait pendre dans le dos avant de le faire passer sous le bras droit. Ces manteaux étaient agrafés à l’aide d’une fibule afin de ne pas entraver les mouvements du corps. Le port de l’himation sans tunique était synonyme de pauvreté. Seules les personnes bien nées étaient en mesure d’acheter des étoffes faites de soie et de coton d’Egypte, le peuple se contentant du lin.

La tunique romaine, semblable au chiton des grecs, compose l’élément de base du costume byzantin.

Elle est portée à même la peau et constitue le sous-vêtement des plus riches. Ces derniers l’associent généralement à la dalmatique, tunique dessinant une ligne en T aux manches amples.

Apanage de l’empereur, le pallium – robe longue couvrant les chevilles, inspirée du drapé de l’himation grec et de la toge romaine – pouvait cependant être également porté par certains hauts dignitaires : les douze officiers principaux, les membres de la garde rapprochée et les archanges, sujets récurrents des mosaïques.

Le paludamentum, quant à lui, est un manteau assorti d’un superhumeral, col serti de pierreries ou de perles.

Le rouge de vérité divine, ou pourpre, prisé par les romains et couleur liturgique renvoyant au sang versé par le Christ, se décline à la cour de Constantinople sur des bottes et autres chaussures brodées de perles. Sa teinte était auparavant obtenue grâce au murex, petit crustacé issu des côtes phéniciennes. Privilège des empereurs romains mais pouvant être portée par petites touches par les sénateurs, prêtres et autres seigneurs, la pourpre hyacinthine ne tombe pas en désuétude à la cour de Constantinople, bien au contraire. Une loi somptuaire réserve l’usage de ce rouge violacé à la seule famille impériale.

Les paroles éloquentes de l’épouse de Justinien, Théodora, témoignent de sa place prépondérante dans la garde-robe impériale : « Me préserve le ciel de vivre un seul jour dépouillée de la pourpre dont il m’a revêtue ». Influente épouse de Justinien, Théodora était une ancienne danseuse doublée d’une courtisane. Ses parures immortalisées dans la pierre donnent à voir une exubérance jamais égalée.

Détail de la mosaïque « Théodora et sa suite en costume d’apparat », Abside Saint-Vital de Ravenne. L’impératrice porte ici un paludamentum pourpre orné d’une collerette constellée de pierres précieuses, le superhumeral. Sa tête est coiffée d’une couronne dotés de perles de visage dites praipendula.
Détail de la mosaïque « Théodora et sa suite en costume d’apparat », Abside Saint-Vital de Ravenne.
L’impératrice porte ici un paludamentum pourpre orné d’une collerette constellée de pierres précieuses, le superhumeral. Sa tête est coiffée d’une couronne dotés de perles de visage dites praipendula.

A Constantinople, le costume féminin  se compose de la stola, qui, à la différence de la tunique et de la dalmatique, n’est pas unisexe.  Ce costume typique de la femme romaine est une grande robe à manches tombant jusqu’aux pieds et retenue à la taille par une ceinture à crochet.

Les coiffures très élaborées des riches romaines se composent de coiffes matelassées – propoloma– et perles de visage – praipendula – d’ordinaire accrochées à une couronne incrustée de bijoux.

Détail de la mosaïque  du cortège des saintes dit « les Panathénées du christianisme », Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, vers 550.
Détail de la mosaïque du cortège des saintes dit « les Panathénées du christianisme », Saint-Apollinaire-le-Neuf, Ravenne, vers 550.

 

Une magnificence ressuscitée par la Haute Couture

 

L’actrice italienne Gianna Maria Canale campe l’intriguante Théodora dans le film de Riccardo Freda, Imperatrice di Bisanzio (1954) aux cotés de Justinien interprété par George Marchal.
L’actrice italienne Gianna Maria Canale campe l’intrigante Théodora dans le film de Riccardo Freda, Imperatrice di Bisanzio (1954) aux cotés de Justinien interprété par George Marchal.

Les femmes de Constantinople cachaient leurs chevilles sous des robes amples dotées d’un haut col rond et de manches étroites où franges et poignets pouvaient être brodés.

Les maisons Dolce & Gabbana et Chanel se sont adonnées à une relecture de cette époque, la vision d’une civilisation byzantine solaire faite d’or et de mosaïques dorées semblant faire l’unanimité. Les modèles, à l’instar de la superstar des péplums italiens, Gianna Maria Canale , dans le film Imperatrice di Bisanzo de Riccardo Freda (1954), apportent une touche glamour contemporaine qui ne manque pas d’éclat.

1. Mosaïque « empereur Constantin Monomaque et l’impératrice Zoé présentant des offrandes au Christ », galerie sud de la basilique Sainte-Sophie.  2.  Détails du défilé  automne-hiver 2013 signé Dolce & Gabbana.
1. Mosaïque « empereur Constantin Monomaque et l’impératrice Zoé présentant des offrandes au Christ », galerie sud de la basilique Sainte-Sophie.
2. Détails du défilé automne-hiver 2013 signé Dolce & Gabbana.

 

La maison italienne Dolce & Gabbana, puisant d’ordinaire son inspiration dans un cinéma néoréaliste italien à la sensualité fougueuse, avait créé la surprise pour sa collection automne-hiver 2013 avec des pièces  inspirées des mosaïques byzantines et vénitiennes de la cathédrale de Monreale, près de Palerme. La maison aux racines siciliennes est connue pour adapter des vêtements féminins traditionnels. Le catholicisme et le brocart sont omniprésents dans l’imagerie byzantine et récurrents chez Dolce & Gabbana. Domenico Dolce et Stefano Gabbana ont ainsi réinterprété les vêtements peints de l’ancien temps, figurant des scènes de la vie du Christ sous forme de robes en soie aux détails mosaïque à dominantes dorées.

Photos du défilé Chanel des métiers d’art Printemps-été 2010 « Paris-Byzance ».
Photos du défilé Chanel des métiers d’art Printemps-été 2010 « Paris-Byzance ».

Dans son défilé Métiers d’Art printemps-été 2010 intitulé « Paris-Byzance »,  Karl Lagerfeld avait renouvelé sa vision de la femme Chanel  en donnant au tweed galonné cher à Mademoiselle des allures de costumes d’apparat byzantins. Karl Lagerfeld,  féru d’histoire, s’est employé à  rendre hommage à l’impératrice Théodora à travers des codes byzantins traduits dans la contemporanéité et mêlés à ceux de la maison Chanel.

Le génie de Karl a ainsi résidé en la réinterprétation d’une période historique qui s’ancre parfaitement dans l’ADN de la maison douairière. Ainsi l’usage des tiares à praipendula, parures de tête ornées de perles caressant le visage signées Maison Michel et des maniakis, colliers de perles,  remarquable coquetterie des belles byzantines, fait écho au goût prononcé de Gabrielle Chanel pour les bijoux fantaisies et le charme mystérieux de l’Orient.

Les bijoux rehaussés de perles fines et les robes maculées de blanc des princesses byzantines se fondent parfaitement dans l’univers de Gabrielle Chanel. Cette profusion de sautoirs, perles et autres chaînes dorés est un clin d’œil renvoyant à un technique propre à la maison : dans la tradition Chanel, les ourlets étaient lestés de chaînes de métal pour assurer un exceptionnel tombé des robes et vestes emblématiques de la maison.

Plusieurs siècles après, les fastes de Byzance n’ont rien perdu de leurs pouvoirs d’attraction même si les cubes émaillés d’hier ont cédé la place aux sequins d’aujourd’hui.

La chanteuse Katy Perry vêtue d’une robe fourreau Dolce & Gabbana d’inspiration byzantine au MET ball 2013 à New York.
La chanteuse Katy Perry vêtue d’une robe fourreau Dolce & Gabbana d’inspiration byzantine au MET ball 2013 à New York.
L’impératrice Théodora au Colisée, Jean-Joseph Benjamin Constant, huile sur toile, collection privée.
L’impératrice Théodora au Colisée, Jean-Joseph Benjamin Constant, huile sur toile, collection privée.

 

Sources bibliographiques:

BODET-KOKKINAKI Arta, L’âge d’or de l’art byzantin (p.65-91) Histoire de l’art : la grande aventure des trésors du monde Tome III, Grange Bateliere, 1973

BESSET Frédéric, GARDIN Nanon, JACQUIN Philippe, MARUEJOL Florence, TRASSARD François, Constantinople : La nouvelle Rome de Justinien (p.80-81), Les hauts lieux de l’Histoire du monde, Editions France Loisirs, 1999

BINGHAM Jane, Le Monde médiéval, Editions Usborne

Collectif, The byzantine dress, article Wikipedia

Collectif, Dossier Orient-Occident, musée national du Moyen-âge de Cluny

Collectif, Le costume byzantin, Fashion : la mode à travers l’Histoire, DK Publishing , Editions Prisma, 2013

Collectif, Dix siècles de mode (p. 68),Globerama : Histoire des arts, Casterman, 1964

DEQUEKER-FERGON Jean-Michel, La conversion de Constantin (p. 20-21), la prise de Constantinople (p. 54-55) Europe : Les rendez-vous d’une histoire, Hatier, 1994

MOURRE Michel, L’empire byzantin (p. 193-198), Constantin 1er (p.307), Justinien 1er (p.758) Théodora (p.1309) Le petit Mourre : dictionnaire d’histoire universelle, 2004

DEENY Godfrey, Dolce & Gabbana : une collection byzantine, Madame Figaro

GACHET Sophie, Compte-rendu défilé Dolce & Gabbana, Tendances de mode, février 2013

HURET Lise, Compte-rendu défilé Chanel : Paris-Byzance, Tendances de mode, décembre 2010

NEYT Jennifer, Compte-rendu défilé Chanel: Paris-Byzance, Vogue France

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La cire sacrée

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Tantôt associée à la lumière et au soleil sans lequel les abeilles ne pourraient vivre, Continuer la lecture de La cire sacrée

L’Or des Bijoux

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Collection Les Bucoliques – Maison Ambre & Louise
Collection Les Bucoliques – Maison Ambre & Louise
Credits : Pauline Brami

 

*

« Ah ! je ris de me voir si belle en ce miroir, (…) Est-ce toi, Marguerite, est-ce toi ? Réponds-moi, réponds-moi, Réponds, réponds, réponds vite ! Non ! Non ! Ce n’est plus toi! Non…non, ce n’est plus ton visage ; C’est la fille d’un roi ! (…) Ce n’est plus toi, (…) C’est la fille d’un roi; Qu’on salue au passage ! Ah s’il était ici ! S’il me voyait ainsi !

Comme une demoiselle, il me trouverait belle… »

GOUNOD, Faust, « Air des bijoux »

http://www.youtube.com/watch?v=VXQGr2zwaTg

*

Bien plus qu’un simple accessoire de beauté, le bijou se pare de significations complexes et variées.

Il transforme Marguerite, la timide paysanne du Faust de Gounod, en princesse intrépide, sûre de ses charmes, avide d’admiration et d’attention.

Arme de séduction, de pouvoir social, cœur de célèbres scandales, le bijou est un ornement qui laisse rarement indifférent.

Talisman d’or, de perles ou d’argent, on lui prête des pouvoirs ensorcelants : il réveille les beautés, ravive aux yeux les éclats diamantés, invitant les regards à s’attarder indiscrètement sur la nuque que vient caresser une boucle d’oreille hardie, ou sur la cheville qu’enlace un bracelet qui scintille.

La jeune fille à la perle de Johannes Vermeer (1665), dont l’éclat du regard est magnifié par le reflet de la nacre.
La jeune fille à la perle de Johannes Vermeer (1665), dont l’éclat du regard est magnifié par le reflet de la nacre.

Témoin des tournants marquants de l’histoire, ses inspirations ont exprimé voire devancé les grands courants de l’art. La Libération fut ainsi célébrée, dans la maison du célèbre joaillier Cartier, à travers une broche représentant un oiseau délié qui, par les portes ouvertes de sa cage dorée, prend enfin son envolée. Il avait été précédé par « l’Oiseau en cage » se lamentant, œuvre de Jeanne Toussaint également, qui avait valu à cette dernière d’être arrêtée par les Allemands.

L’Oiseau en cage (1942) & L’Oiseau libéré (1944) – Maison Cartier
L’Oiseau en cage (1942) & L’Oiseau libéré (1944) – Maison Cartier

Héritage sacré, empreint de sentiments et de souvenirs d’antan, le bijou traverse les âges, partage les joies lorsqu’il est une étincelante promesse d’amour et de tendresse, mais aussi les peines, lorsqu’il console les femmes de maris volages.

Trésor caché, parfois perdu, mythe fantasmé qui, du tréfonds des coffres ou des abysses dans lesquels il prétend avoir été caché, continue à nourrir les rêves les plus émerveillés, il anime mille légendes et contes propices à la fascination et à la fiction.

Objet de convoitise, étendard des avoirs, il lui arrive, dans cette duplicité de velours que l’on ne tarde jamais à pardonner par amour, d’aider un homme à s’assurer de son emprise et à métamorphoser l’amante facilement acquise en trophée fièrement exhibé.

Elizabeth Taylor, une vie entre bijoux et maris.
Elizabeth Taylor, une vie entre bijoux et maris.

Appartenance sociale, appartenance maritale, le bijou, sous couvert d’or, d’ambre, de diamants et d’argent, serait-il donc le plus beau des jougs ?

Plus aujourd’hui.

Les femmes contemporaines, de leur existence souveraines, ont fait de lui le nouveau miroir de leur pouvoir. Récompense offerte à soi-même, dans l’intimité d’une boutique dont un musée pourrait envier la somptuosité, il est acquis en toute indépendance et fait désormais la splendide fierté de celles qui, pour leur propre bonheur, viennent de l’acheter.

Un équilibre entre force et féminité, évoqué tout entier par cette manchette d’or finement ciselée, trait d’union entre les guerrières prouesses d’Athéna – antique déesse – et la recherche contemporaine d’élégance et de délicatesse.

Manchette Daisy Clover – Maison Ambre & Louise.
Manchette Daisy Clover – Maison Ambre & Louise.
Credits : Pauline Brami

Une œuvre de la maison Ambre & Louise – née à Paris en 2012 -, qui s’est de cette nouvelle réalité féminine inspirée pour concevoir des bijoux envoûtants de créativité. Chacun d’eux porte, en lui, cette dualité : celle de la femme occupée, empressée, sollicitée, mais toujours soucieuse de son raffinement et de sa beauté.

Le collier Gui d’Or, illustration parfaite de cette audace, de cette modernité, peut ainsi être en trois parties dissocié.

Son tour du cou illumine le visage d’un halo doré tout au long de la journée, tandis qu’à l’aube de la nuit, il peut être grandi d’une cascade de brins de gui, fascinant ainsi tous les invités d’une soirée. Le bouquet final viendra, quant à lui, orner les événements les plus élégants, réservé à ces instants enchantés que jamais l’on ne peut oublier.

Collier Gui d’Or – Maison Ambre & Louise.
Collier Gui d’Or – Maison Ambre & Louise.

L’or s’est ainsi naturellement imposé comme, des deux jeunes fondateurs de la Maison, la matière première préférée, puisqu’en son essence même il rassemble charisme et rayonnement, en même temps que douce et chaleureuse sensualité.

Les créations de la Maison sont ainsi plongées dans un bain d’or liquide et précieux avant d’être manuellement façonnées par des artisans dont les savoir-faire sont le fruit de générations d’habileté.

Chacune est unique, à l’image de cette extraordinaire nature au sein de laquelle aucune feuille n’a les mêmes nervures.

Parure Feuille d’Arôme – Maison Ambre & Louise
Parure Feuille d’Arôme – Maison Ambre & Louise.

Une tension sans cesse ravivée, entre puissance du métal et dentelle toute florale, empruntant à l’Art nouveau ses volutes et méandres, ainsi qu’aux plantes leurs vertus et légendes. Modèle de résistance, de solidité, la feuille du Ginkgo Biloba a ainsi inspirée la dernière collection de la Maison. Gracile et délicate émanation d’un arbre qui jamais n’a vacillé, aussi viles furent les inflexions déchaînées qui testèrent son opiniâtreté, elle symbolise, en plus de l’intemporalité que lui confèrent ses quelques centaines de milliers d’années, cette capacité à concilier féminité éthérée et volonté déterminée.

Bracelet Ginko d’Or - Maison Ambre&Louise Credits : Pauline Brami
Bracelet Ginko d’Or – Maison Ambre & Louise
Credits : Pauline Brami

Nous vous invitons à découvrir les créations Ambre & Louise sur la page Facebook de la Maison : https://www.facebook.com/MaisonAmbreLouise

Quarante écus pour un arbre

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Ginkgo

 

A l’époque où la mort était une terreur, la bombe nucléaire – et particulièrement le désastre de Hiroshima et Nagasachi – était devenue, pour moi, l’archétype de l’horreur. Ce chaos ajouté aux millions de morts de la Seconde Guerre Mondiale représentait une peur enfantine certes peu banale mais bien réelle. Dans mon imaginaire, la représentation exacte de cette horreur était la petite fille courant pour échapper au bombardement d’une autre guerre, celle du Viêt Nam. Les enfants aimant à se faire peur je me suis faite raconter de nombreuses fois ces deux histoires tragiques et elles ont fini par se mêler. A elles deux, elles formaient à mes yeux le parfait scénario de l’extinction pure et simple de toute vie et par conséquent elles démontraient comment disparaîtrait notre espèce.

Jusqu’au jour où ma mère me livra une version de l’histoire qui dispersa les profonds nuages chargés de funestes présages sur l’avenir de l’humanité. Alors que chaque élément de vie avait disparu d’une zone géographique étendue autour d’Hiroshima et Nagasachi, un être vivant avait bravé la radioactivité du secteur. A peine un an après le bombardement, alors que tout n’était que désolation, un arbre repoussait à Hiroshima. Une feuille en éventail très graphique, un vert éclatant au printemps, un jaune doré à l’automne, c’était un Gingko Biloba. Cette nouvelle représentait pour moi comme la découverte d’une nouvelle Arche de Noé !

Ginkgo in the Sky

D’ailleurs, à bien y réfléchir, c’est peut-être même de ce bois que Noé fit son arche puisque ce courageux arbuste est un fossile vivant. Sa trace remonte au Jurassique ! Mais c’est bien plus tard qu’on lui donna ce nom légendaire d’arbre aux écus.

Plus exactement arbre aux 40 écus. Après tout quoi de plus normal, me direz-vous, compte tenu de sa belle couleur automnale et de ses feuilles aux formes si étranges, pourtant c’est son prix 25 guinées soit 40 écus qui lui valut son surnom.

Ceci étant l’art s’est chargé de lier les deux légendes relatives à son nom en faisant du Gingko un motif artistique prisé. Très représenté dans le monde flottant des estampes japonaises, il est repris ensuite par les artistes de l’Art Nouveau.

Ginkgo in automn, Yoshida Hiroshi (1929)
Ginkgo in automn, Yoshida Hiroshi (1929)

 

Les images flottantes sont des morceaux de vie. Une image qui s’applique bien au gingko, qui pourrait toutes les traverser, mais c’est sûrement son graphisme qui plait. La technique de l’estampe apprécie la feuille joliment nervurée de cet arbre. Le dessin fait sur bois transcrit un style très marqué fait de contours et d’aplats. Chantre du modernisme les estampes japonaises donnent une belle part à la nature qui est souvent un sujet en soi. Dans ce cadre, les arbres offrent une expression graphique et poétique qui les place au premier plan de ces représentations.

L’âge d’or de l’estampe coïncide en Occident avec l’apogée du paysage. En effet, au XIXème, l’arbre est sujet de l’école de Barbizon mais aussi des Romantiques. Ils sont parfois dégarnis mais n’en perdent pas pour autant leur poésie. Je pense notamment aux arbres de L‘abbaye dans une forêt de chênes de Caspard Friedrich ou encore son Chêne sous la neige.

 

Chênes sous la neige, Caspard David Friedrich
Chênes sous la neige, Caspard David Friedrich

 

Ce qui est également très présent à cette époque en Occident, c’est le regard sur le Japon et les estampes, plus particulièrement le traitement du végétal. Cet attrait pour l’arbre et la nature se réalise dans l’Art Nouveau où le végétal sort du tableau et s’étale dans la vie courante. Il y a bien entendu les stations de métro Guimard mais aussi le mobilier, les ustensiles de cuisine ou de coiffures et les bijoux.

 

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Broche à cheveux, Lucien Gaillard (fin XIXème)

 

Dans ce domaine le ginkgo est très présent. Par exemple, cette broche à cheveux de Lucien Gaillard reprend la forme évasée de la feuille pour y glisser une perle, la tige élancée retenant les cheveux. Lucien Gaillard est passionné du Japon aussi il exploite le motif caractéristique et élégant du ginkgo sur de nombreuses pièces. Ici il est à nouveau présent en émail vert et or sur un fond de velour, le raffinement absolu !

Ecrin, émail vert et or sur velour, Lucien Gaillard
Ecrin, émail vert et or sur velour, Lucien Gaillard

Le motif de l’arbre est visible aussi sur ce cabinet signé Emile Gallé, d’inspiration japonisante.

Cabinet, Emile Gallé
Cabinet, Emile Gallé

 

Pour l’Art Nouveau le gingko répond à la fois à l’exigence du végétal mais aussi à l’attrait de l’exotisme qui est une constante au XIXème siècle.

Aujourd’hui le gingko biloba fait partie du très sérieux cercle des plantes anticancer, grâce à ces incroyables vertus anti-oxydantes. Étrange destinée pour un arbre qui a bravé les dinosaures et la bombe nucléaire de devoir sauver son bourreau.

Ainsi mon intime conviction est que le gingko n’est pas seulement un arbre, de ses feuilles dorées et panachées émane quelque chose de divin. Dans sa grande bonté il accepte, bien que nous ne le méritons pas franchement, de nous prendre dans sa barque d’éternité. Vraiment mes amis, ce fossile est d’or !

gingko

L’Or des abeilles parisiennes

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Qu’elles soient installées en apesanteur sur les plus beaux monuments de Paris, tels l’Ecole militaire, le Musée d’Orsay, ou nichées dans le creux des douves des Invalides, les abeilles d’Audric de Campeau, apiculteur en plein cœur de Paris, butinent et badinent dans un cadre exceptionnel.

 

miel de paris audric

 

Défiant, de leur piquante nuée, quiconque oserait s’approcher, elles s’affairent inlassablement, de journées en journées, à produire un miel de la meilleure qualité qui, limpide et lunaire, se distingue par son odeur cassis et sa couleur or clair.

Lorsqu’ouverte avec délicatesse, la ruche dévoile, non sans réticence, le secret si jalousement gardé et si bien abrité de ses prouesses. Et le curieux, ébahi, saisit soudain avec quel soin, quel labeur, quelle minutie les ouvrières de la Reine produisent, patiemment, sans jamais s’arrêter, cet or liquide et sucré, destiné à nourrir la communauté lorsque l’hiver met fin aux butinages les plus acidulés.

Credits : Pauline Brami
Credits : Pauline Brami

Sans jamais s’égarer elles retrouvent toujours du chemin de leur ruche le tracé, même lorsqu’elles ont vagabondé toute la journée, à condition que celui-ci ne soit pas d’un seul mètre modifié. Si la ruche est malicieusement déplacée, c’est toute la communauté qui se retrouve perturbée.

Douées d’une organisation parfaitement bien huilée, qui n’a toujours pas dévoilé ses mystères les plus convoités, elles ont été par les humains intrigués maintes fois imitées, sans que jamais l’on ne parvienne à surpasser la perfection de leur autogestion.

Gorgée de gelée royale, la Reine surplombe, de sa fière taille, sa docile et industrieuse armée. Mais il lui arrive de s’échapper, lorsque, trop à l’étroit, elle décide d’essaimer. S’évapore alors de la ruche délaissée, une tout sauf discrète grappe qui rassemble les abeilles par milliers. Cherchant domicile ailleurs, elles jettent leur dévolu sur l’endroit où leurs téméraires exploratrices ont jugé judicieux de s’installer.

Il arrive cependant à l’essaim d’errer, et, se déposant de manière impromptue, dans des endroits où il est rarement le bienvenu, il créé alors effroi et inattendu.

Parisiennes jusqu’au bout des antennes, des jardins des Invalides elles tentèrent innocemment de profiter, mettant en fuite une cohorte de touristes effarés.

Enivrées par l’immense diversité végétale de la capitale, ne sachant plus à quel calice ni nectar se vouer tant la palette d’arômes et de senteurs est développée, les butineuses des ruches d’Audric travaillent jusqu’à ce que le soleil d’automne se soit définitivement retiré, sillonnant les parcs, les terrasses et balcons arborés d’espèces non traitées.

Affolées par tant d’opportunités, elles produisent en grande quantité, surpassant de loin leurs champêtres cousines et leur faisant regretter avoir préféré des champs la sérénité.

Exempt de pesticides et délicieusement raffiné, le miel de Paris, né de la passion d’un apiculteur entièrement dévoué, contribue à faire de notre illustre cité un lieu où nature et urbanéité cohabitent harmonieusement, sans discontinuités.

Encourageant le développement durable et préservant des abeilles aujourd’hui de toutes parts menacées, il nous rappelle à nos premiers émerveillements, à l’étonnante magie millénaire et mystérieuse de la nature, à tout ce qu’il reste d’intangible et de concret dans nos vies citadines effrénées.

Credits : Pauline Brami
Credits : Pauline Brami

Il peut être retrouvé parmi les sélections des Galeries Lafayette Gourmet et, très prochainement, à la boutique du Musée d’Orsay.

Venez découvrir Audric et ses abeilles sur leur page Facebook :

https://www.facebook.com/pages/Le-Miel-de-Paris-Audric-de-Campeau-apiculteur-%C3%A0-Paris/284845854979426

audric miel

 

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Golden hair

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« La blondeurc’est l’or, la lumière, la richesse, le rêve, le nimbe » écrivit Stephane Mallarmé.

L’or attise depuis tout temps les convoitises. Les cheveux blonds aussi. Ils renvoient tous deux à un monde d’évocations semblables. Symbole de puissance solaire, d’innocence, d’élévation ou encore de séduction charnelle, la blondeur a été consacrée par les légendes, mythologies et idéologies comme objet de fantasme ambivalent, modèle de vertu ou de vice selon les époques et les cultures.

Franck Cadogan Cowper (1907) Vanity
Franck Cadogan Cowper (1907) Vanity

La chevelure envoutante et trouble

Ses cheveux étaient une toison d’or humide, chaque cheveu semblait un fil d’or fin dans une coupe de verre. Oscar Wilde, Le pêcheur et son âme

Dès l’antiquité, des dieux et des déesses mythologiques, faisant figures de maîtres à penser pour les hommes, ont pour trait distinctif une blondeur miroitante. Les cheveux d’or d’Apollon tels des rayons solaires, évoquent ses valeurs de perfection, de lumière et de passion enflammée. Pour Déméter, cette chevelure assimilée au blé exprime le pouvoir de renouvellement de la nature. Le caractère invincible et puissant d’Achille ou d’Héraclès, deux héros majeurs, est personnifié par leur chevelure éclatante. Critère de valorisation divine selon les mythes, la blondeur s’est ainsi établie comme un symbole d’enchantement dans la mémoire de l’humanité.

Les représentations bibliques ont, elles aussi, déroulé le fil d’or qui a permis à la blondeur de se parer de nouvelles significations. On l’associe là à un caractère dual : elle qualifie à la fois la figure divine et profane. Ainsi, dans l’iconographie chrétienne, les anges sont dépeints avec des boucles claires, Marie qui incarne la pureté et la virginité est parée de cheveux blonds et les saints sont nimbés d’une auréole d’or telle une crinière solaire. Dans une perspective autre, Marie-Madeleine, dotée de ses longs cheveux ambrés qui recouvrent son corps nu, fait l’allégorie de la luxure et de la séduction.

Fra Angelico peintre de la Renaissance italienne, peint ici à l’or fin les cheveux blonds de la Vierge de l’Annonciation.

Fra Angelico, vers 1432-1433, Annonciation (détail), Cortona, Museo Diocesano

Le même procédé est utilisé par Gregor Erhart pour sa scultpture de Marie-Madeleine dont la représentation se rapproche de celle de Venus de Boticelli, évocatrice du charme sensuel.

Boticelli (1444/45-1510), Venus, Staatliche Museen Berlin
Boticelli (1444/45-1510), Venus, Staatliche Museen Berlin
Gregor Erhart (1470-1540), Saint Marie-Madeleine, Musée du Louvre
Gregor Erhart (1470-1540), Saint Marie-Madeleine, Musée du Louvre

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La Blondeur comme motif artistique complexe

La nature captivante et dangereuse de la chevelure d’or est une figure reprise par les légendes telles que celle de La Loreley contant le destin d’une femme ambigüe à la chevelure ondoyante ; elle  envoute tout homme croisant son chemin et de sa beauté fracassante provoque leur mort. Souffrant elle-même d’une paradoxale solitude, elle finit par se suicider en regardant son propre reflet. Trouble, belle et malheureuse, c’est la femme idéalisée d’Apollinaire qui lui dédit un poème lyrique de son recueil Alcools (1913) lequel commence et finit par l’évocation de la chevelure blonde.

À Bacharach il y avait une sorcière blonde

Qui laissait mourir d’amour tous les hommes à la ronde

{…}

Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l’eau la belle Loreley

Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

Dans une époque plus moderne, l’idée de créature féminine blonde et énigmatique a été le trait stylistique marquant des films d’Hitchcock. Selon lui «la femme blonde est comme le suspense {…}. Plus grande est la part d’imagination, plus grande est l’émotion. ». Ainsi, le caractère maîtrisé et sec de ses héroïnes permet d’évoquer avec subtilité une vie intérieure enflammée et cauchemardesque. Les névroses.

L’extrême blondeur

Le pouvoir envoutant de la blondeur a été manipulé à des fins extrémistes, telle l’idéologie conçue par Adolf Lanz, préfigurant le nazisme, qui met en exergue cette qualité comme premier critère de supériorité de la race Aryenne. Sur la base de ce critère seul, s’ensuivront des comportements des plus troublants pour notre espèce. Anselm Kiefer, artiste allemand né en 1945 s’interroge sur l’identité germanique d’après guerre ; hanté par les poèmes de Paul Celan, poète martyre de la seconde guerre mondiale, il choisit de représenter la blondeur de Margarete – image de l’Allemagne – par de la paille, matière pauvre qui évoque la misère, la sècheresse, la ruine, l’extrême dénuement. Ainsi, la dorure perd de son éclat.

Anselm Kiefer (1981) margarete
Anselm Kiefer (1981) Margarete

L’impérialisme oxygéné

Fruit de l’association de deux allèles récessifs, les blonds ne sont seulement que 3 millions sur une population de 6 milliards. Tout comme l’or, la rareté de cette qualité ne fait que décupler son attrait.

De la pin-up à la crinière oxygénée, est né le mythe de star hollywoodienne figuré par Jean Harlow, Mae West ou encore Marilyn Monroe. Ce modèle mis en valeur par le septième art provoque un fanatisme blond à partir des années 40, quand une vague de décoloration se propage aux Etats-Unis. Depuis, la blondeur s’est imposée comme un diktat esthétique et féminin sans pareil qui n’est même plus exclusivement réservé à une typologie nordique, en prouve les physiques japonais ou d’origine africaine. Et ceci grâce à la décoloration qui est devenue pour les cheveux ce que la pierre philosophale aurait pu être pour le plomb se transmutant en or.

Marilyn (1953) 'Gentlemen prefer blonds'
Marilyn (1953) ‘Gentlemen prefer blonds’

Versailles, l’Antre Solaire

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Recommandations d’ambiance musicale :

–          Deux siècles de musique à Versailles, réalisé par Olivier Simonnet en 2007

–          Lully, Passacaille d’Armide : 

           http://www.youtube.com/watch?v=RK6k0oF8OHM

–          Jean-Philippe Rameau, La Forqueray : 

           http://www.youtube.com/watch?v=q91uKmNW8js

–          François Couperin, Les barricades mystérieuses : 

            http://www.youtube.com/watch?v=8O_oeMTnn84

–          François Couperin, Leçons de Ténèbres : 

            http://www.youtube.com/watch?v=IvCXYb76iF8

–          Marin Marais, Le badinage : 

            http://www.youtube.com/watch?v=Dzw8gtqsvDM

–          Charpentier, Magnificat : 

            http://www.youtube.com/watch?v=busCmvtq0tw

–          Robert de Visée, Mascarade à la théorbe : 

            http://www.youtube.com/watch?v=E894DQJJn0s

–          Jean-Philippe Rameau, Les Indes Galantes, Air des sauvages :

           http://www.youtube.com/watch?v=3zegtH-acXE

 

Credits : EPV / Thomas Garnier
Credits : EPV / Thomas Garnier

Quel endroit autre que Versailles peut prétendre avoir réuni tant de grandes figures de l’histoire ? Tant d’artistes ? Tant d’intrigues et de passion au même endroit ?

Le château de Versailles, lieu de culture, lieu d’idées, lieu d’échanges, a rayonné bien au-delà des frontières de la France, dans l’Europe entière, qui, les yeux rivés sur cet antre solaire, ne savait que faire pour rivaliser de créativité.

Comment imaginer qu’au même lieu, à la même époque, furent réunis autour du plus grand roi du monde, des jardiniers-paysagistes comme Le Nôtre, assez exceptionnels pour marquer l’art de penser la nature à jamais, des architectes comme Le Vau ou Hardouin-Mansart, capables de dessiner les plus beaux espaces de la terre, des peintres comme Le Brun, Mignard, Poussin, des écrivains tels Corneille, Molière, Racine, Boileau, La Fontaine, Mme de Sévigné, Perrault, La Bruyère, Saint-Simon, LaRochefoucauld, ayant manié comme personne les plus beaux ornements de la langue française, des philosophes comme Descartes, Leibniz, ainsi que des musiciens comme Lully, Couperin, Rameau et tant d’autres !

Credits - Elise Marie Allonas
Credits – Elise Marie Allonas

Versailles est entièrement né d’un rêve, d’une unique volonté, de l’idée fantastique que s’en faisait un seul homme, Louis XIV. Versailles est un palais fruit de son seul désir, un lieu bien à lui, un lieu miroir de ses envies, de ses aspirations et de ses ambitions, un lieu où aucun de ses ancêtres n’a imprimé, avant lui, son goût, sa marque, ses passions, comme c’est le cas au Louvre, à Fontainebleau ou à Saint-Germain. A personne exceptionnelle, château exceptionnel. Louis XIV n’allait certainement pas se contenter de reprendre l’habitat de l’un de ceux qui l’ont, sur le trône, précédé.

Versailles existait avant l’accession au pouvoir du roi Louis XIV. C’était alors un modeste relais de chasse construit par Louis XIII qui aimait s’y réfugier pour échapper à l’étouffante cour qui s’entassait au palais du Louvre et y pratiquer en toute liberté sa passion pour la chasse. L’ambassadeur de Venise, moqueur, l’avait qualifié de « piccola casa per ricreazione », « petite maison de divertissement » absolument indigne d’un souverain de France et de sa grandeur. Entouré de marécages, situé sur une butte venteuse au milieu d’une nature hostile, le refuge fut tout de même agrandi, au fil des années, jusqu’à devenir un petit château de brique rouge, toujours aussi insignifiant. Doté d’une esquisse de jardins peu convaincante, rien ne le prédestinait à devenir le centre de l’Europe, le palais du soleil.

EPV / Christian Milet
EPV / Christian Milet

Alors pourquoi Louis XIV a-t-il, après le décès de son père, jeté son dévolu sur Versailles pour y construire son immense demeure et la résidence de toute sa cour, faisant fi des réticences de Colbert ? A quels desseins le roi cherchait-il à répondre en  décidant d’entreprendre des travaux colossaux pour transformer le refuge en palais grandiose ?

Versailles répond à trois désirs souverains et indiscutables : celui du fier plaisir de contraindre la nature ingrate pour y faire émerger une œuvre merveille, entièrement personnelle ; celui de surveiller étroitement les grands seigneurs de France et de les avoir tous réunis sous le joug de son regard ; celui, enfin, de magnifier la gloire royale, d’en faire un miroir, un livre de son œuvre.

versailles grille

* * *

Versailles ou le fier et superbe plaisir de contraindre la nature

Versailles a été érigé contre vents et marécages, dans un lieu nullement destiné à recevoir pareil palais. Colbert était d’ailleurs farouchement opposé à ce projet, bien trop déraisonné pour sa constante et prudente rationalité. Versailles est donc l’entier résultat de la seule volonté du roi Louis XIV, farouchement déterminé à aller au bout de ses idées.

Le mystère continue cependant à planer sur les raisons exactes ayant décidé Louis à XIV à entreprendre, à Versailles, un si colossal chantier. On peut cependant soupçonner, en se basant sur la date de commencement des travaux, assez révélatrice – 1661 – que l’arrestation de Fouquet ait joué un rôle déterminant dans la volonté du roi de posséder une création architecturale et paysagère entièrement personnelle, à l’image de Vaux-le-Vicomte, la splendide demeure du surintendant déchu.

Un roi qui commençait son règne en supprimant la figure de Premier ministre, en remodelant les Conseils, en écartant sa mère, la reine Anne d’Autriche, et en imposant une manière personnelle de gouverner ne pouvait se satisfaire des châteaux où ses prédécesseurs avaient tant imposé leurs marques et se devait de créer une demeure unique, à son image, à sa hauteur, dont la beauté, la perfection et la grandeur surpasseraient en tous points celles des autres demeures.

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Château de Vaux-le-Vicomte

L’influence de Fouquet se lit encore plus précisément dans le choix, par Louis XIV, du trio qui façonna Versailles : l’architecte Le Vau, qui avait brillé d’idées et d’innovations à Vaux-le-Vicomte fut immédiatement embauché à Versailles, de même que le peintre Le Brun, à l’origine des décors fastueux du palais de Fouquet, et le jardinier Le Nôtre qui y avait révolutionné l’art des jardins. Le roi racheta également une bonne partie du mobilier ainsi que des tapisseries de son surintendant écarté, et confisqua les arbrisseaux de son orangerie pour peupler la sienne.

L'Orangerie de Versailles
L’Orangerie de Versailles

Outre Fouquet, Louis XIV a pu être guidé vers le refuge de son père par ses passions : celle de la chasse – les forêts de Versailles avaient la réputation d’être particulièrement giboyeuses – mais également celle de la galanterie, car le petit château, perdu dans cette nature encore préservée, représentait la cachette parfaite pour inaugurer le « règne des amours » et honorer de sa passion la fragile Louise de la Vallière que son goût préférait à la pieuse reine Marie-Thérèse.

Ni la nature ingrate ni Colbert ne purent donc longtemps s’opposer aux désirs de Louis Dieudonné. Il ordonna la mobilisation de plus de 500 hommes pour transporter la terre, niveler le terrain pour permettre à Le Nôtre d’y déployer tout son art et de créer une perspective d’une amplitude unique et étourdissante.

Avant d’être un palais, Versailles fut un splendide jardin, entièrement façonné de la main de l’homme. Pressé d’obtenir ce qu’il désirait, Louis XIV ne pouvait envisager de se plier aux délais imposés par la nature et ordonna que l’on fasse venir des arbres déjà adultes dont on n’aurait pas à attendre la croissance. Il demanda également à ce que l’on créât, partout, des bassins et des canaux pour assécher un sol naturellement humide et marécageux.

Le roi ne cessa jamais de chercher à contourner les contraintes naturelles, voulant étendre son pouvoir grandissant sur le royaume et l’Europe à la nature elle-même. L’exemple le plus probant fut sans nul doute les efforts considérables qu’il entreprit constamment pour améliorer l’alimentation de Versailles en eau, dans le seul et unique dessein d’impression ses invités par le spectacle de ses fontaines uniques en Europe.

Il fit d’abord construire 170km de rigoles et 40km d’aqueducs souterrains, mais cela ne suffit pas à assurer la pression et la quantité d’eau nécessaires à la multiplication et à la complexification des nombreux jeux d’eau du parc, l’imagination et la créativité humaine courant loin devant ce qu’il était alors possible de réaliser techniquement.

La quête d’une pression suffisante devint alors une véritable obsession royale, à tel point qu’en 1673, alors qu’il se trouvait sur le front de Hollande, encerclé de troupes et de canons, le roi écrivit à Colbert ces quelques lignes surprenantes : « Il faut faire en sorte que les pompes de Versailles aillent bien. Que lorsque j’arriverais je les trouve en état de ne pas me donner du chagrin en se rompant à tout moment ».

Mais la conquête de l’Europe se révéla être plus aidée que celle de la nature et de ses éléments. Ne supportant plus de voir le jet d’eau d’une fontaine faiblir et vaciller lorsque l’on venait à en allumer une autre, le roi ordonna que l’on consulte mathématiciens et ingénieurs pour améliorer les techniques de pompage. On captura et détourna toutes les sources de la région. On alla même jusqu’à construire une énorme pompe sur la Seine, la fameuse machine de Marly. On tenta également de contourner l’Eure, dans les années 1684-1686, en mobilisant 32 000 hommes pour construire l’aqueduc de Maintenon. Toutes ces expériences, démesurément ridicules, réalisées au grand dam de Colbert, se soldèrent par un vaste échec.

La machine de Marly
La machine de Marly

Si l’ambition nourrie par le roi Louis XIV pour ses jardins était sans limite, c’est qu’il souhaitait que ceux-ci compensent la petite taille du relais de chasse de son père. La splendeur, l’immensité, la créativité des jardins devaient faire oublier à ses invités la modestie de la demeure, et accueillir les centaines de convives que celle-ci n’était pas en mesure d’accueillir.

Le premier Versailles fut donc celui des fêtes de plein air enchanteresses où, parmi les fontaines, avec, pour décor naturel, la perspective du grand canal, on donnait les pièces de Molière, on se régalait des fruits qui débordaient des coupelles et l’on admirait, des plus belles femmes d’Europe, les robes de soie et de dentelles, comme lors de la fête des Plaisirs de l’île enchantée en 1664, qui dura plus d’une semaine et fut entièrement organisée en l’honneur de Louise de la Vallière.

Fête des plaisirs de l'Ile Enchantée en 1664 - Théâtre dressé au milieu du grand étang - Gravure d'Israël Silvestre
Fête des plaisirs de l’Ile Enchantée en 1664 – Théâtre dressé au milieu du grand étang – Gravure d’Israël Silvestre

Le gros œuvre des travaux concernant le château en lui-même s’étala sur plus de cinquante ans. Versailles ne cessa, tout au long du règne de Louis XIV, d’être un grand chantier. Plusieurs générations de bâtisseurs s’y succédèrent et la princesse Palatine, seconde épouse de Monsieur, aimait déclarer qu’« Il n’y a pas un endroit, à Versailles, qui n’ait été modifié dix fois ».

Mais revenons à notre interrogation de départ, pourquoi Versailles ?

* * *

Versailles, théâtre du roi

Louis XIV se voulait fédérateur, solaire. Toutes et tous devaient être rassemblés sous sa lumière, qu’il s’agisse de l’administration royale ou de l’aristocratie, que le roi souhaitait constamment avoir sous son attentif regard.

Au début du règne de Louis XIV, la cour, traditionnellement itinérante, continuait à se déplacer de château en château au gré des saisons. Un rythme nomade qui engendrait de considérables coûts d’administration en multipliant les courriers, retardant ainsi les ordres et leur exécution. Or, le développement constant de l’administration et de l’organisation du territoire français, sous le règne de Louis XIV, n’autorisait plus cette errance et cette instabilité permanente.

Mais la France n’était pas la seule entité que le roi avait à cœur de domestiquer, d’organiser et de surveiller. Il souhaitait que la cour toute entière se range également sous son joug et que les aristocrates malcontents n’aient plus la possibilité de fomenter, dans leurs terres lointaines, les complots qui avaient il y a si peu de temps menés à cette Fronde qui l’avait tant fait souffrir enfant.

Le roi préférait voir ses courtisans se battre pour avoir le privilège à la fois sublime et ridicule de tenir son bougeoir lors du coucher plutôt que pour prendre la tête d’un bataillon destiné à le destituer. Le changement d’échelle qu’il entreprit sous son règne fut considérable : il décida que désormais, les faveurs accordées à l’un ou à l’autre relèveraient des affaires de la vie courante, sans conséquences politiques. Il s’agirait, par exemple, du droit de l’accompagner, avec ses proches, à Marly, ou encore, de celui d’obtenir un appartement à Versailles, plus ou moins proche de l’aile centrale dans laquelle se trouvait la chambre royale. Et cela fonctionna à merveille, les aristocrates se hâtèrent de se plier aux désirs royaux pour obtenir ces nouvelles marques de distinction de toutes pièces créées. Et tout son règne durant, le roi n’eut à souffrir nulle tentative d’attentat, contrairement à ses prédécesseurs et à ses successeurs.

Versailles offrait donc à Louis XIV la possibilité de parvenir à ses desseins : bâtir de toutes pièces une création entièrement personnelle, disposer d’espace pour stabiliser l’administration et accueillir toute la noblesse du royaume dans une ville royale qui ne cessa de s’étendre par l’édification d’hôtels particuliers répondant à des critères bien particuliers, dont celui de ne pas dépasser la hauteur d’un étage et d’un comble afin de ne pas gêner la vue du roi et de la Cour à Versailles.

Désormais, tous savaient que le centre de l’Etat, voire de l’Europe, était Versailles, et que pour obtenir une charge, une faveur ou une réponse à ses demandes, c’est à Versailles, et nulle part ailleurs, qu’il fallait être.

Credits : Elise Marie Allonas
Credits : Elise Marie Allonas

Les plus chanceux jouissaient du privilège suprême d’avoir à leur disposition un logement au sein même du château, indispensable pour changer de tenue plusieurs fois par jour et faire au mieux au roi la cour. Cependant, obtenir cet honneur, accordé ou refusé par le seul souverain, nécessitait assiduité et totale soumission.

Désormais, exister, c’était vivre auprès du roi. Car celui que le roi ne voit pas n’existe pas. Saint-Simon écrit ainsi dans ses Mémoires : « C’était un démérite aux uns de ne faire pas de la cour son séjour ordinaire, aux autres d’y venir rarement, et une disgrâce sûre pour qui n’y venait jamais ». En effet, lorsque le roi déclarait « C’est quelqu’un que je ne vois jamais à Versailles », ces quelques mots retentissaient comme une disqualification. A Versailles, il faut se distinguer, se faire voir et être vue sur le passage du roi, lorsqu’il traverse la grande galerie pour se rendre à la messe, ou lors des cérémonies.

EPV / Christian-Milet
EPV / Christian-Milet

En une génération, les seigneurs furent métamorphosés en courtisans serviles. Une haute naissance n’était désormais plus suffisante pour obtenir, par exemple, un logement confortable à Versailles : il fallait faire sa cour. Dans les nuances infinies de la disgrâce, perdre son logement à Versailles était une mortification redoutée, dont savait habilement jouer le souverain.

Le roi apprit de la Fronde qu’il fallait écarter les grands seigneurs de l’instance du gouvernement. Les représentants des grands lignages étaient donc interdits d’aborder tout sujet politique à Versailles. On parle de jeux, de divertissements, on raconte les derniers commérages et l’on se dévoue au souverain, mais l’on n’aborde pas le sujet de l’Etat.

Louis XIV va perfectionner et pousser à bout le système de la Cour, encourageant les jeux de jalousie, la compétition pour les faveurs qu’il est seul à dispenser.

Ainsi, La Fontaine écrit, dans Les obsèques de la Lionne

« Je définis la cour un pays où les gens,

Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,

Sont ce qu’il plaît au prince ou, s’ils ne peuvent l’être,

Tâchent au moins de le paraître.

Peuple caméléon, peuple singe du maître,

On dirait qu’un esprit anime mille corps :

C’est bien là que les gens sont de simples ressorts »

Le mouvement programmé, déterminé, réglé du ressort rappelle qu’à Versailles, tout est actionné d’en haut par le souverain, créateur d’un décor dans lequel rien n’est laissé au hasard et tout est calculé pour obtenir l’effet recherché.

Un décor de théâtre, dans lequel Louis XIV est metteur en scène et acteur principal. Un décor miroir, qui reflète l’image que le roi souhaite donner de lui-même et donc, de l’Etat.

Credits : Elise Marie Allonas
Credits : Elise Marie Allonas

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Versailles, miroir de la propagande royale

Versailles est le miroir de la propagande royale, un véritable livre architectural dont chaque détail vient servir la gloire absolue de son créateur.

Credits : Elise Marie Allonas
Credits : Elise Marie Allonas

Le palais est tout entier investi par la symbolique solaire, astre autour duquel gravite toutes les planètes. La chambre du roi, située au centre du château, donne d’ailleurs sur l’Est, là où se lève le soleil, tandis que l’année centrale des jardins de Versailles, prolongée par le grand canal, suit la course du soleil, d’Est en Ouest.

Entrevue du lit royal, séparé du monde par une balustrade d'or.
Entrevue du lit royal, séparé du monde par une balustrade d’or. Le célèbre lit, dont les motifs ont été choisis par Louis XIV, et où avaient lieu les cérémonies du lever et du coucher. Le roi rendit ici son dernier soupir, le 1er septembre 1715.

Le lit du roi est tourné vers la ville de Versailles, qui s’organise autour de trois grands axes qui se rejoignent devant la grille d’entrée du château, face au regard souverain. La Salle du Conseil, espace de décision politique du pouvoir royal dont les décisions rayonnent ensuite à travers tout le royaume, jouxte la chambre du roi soleil.

Versailles fut à la fois le lieu où s’exerçait le pouvoir absolu, et le lieu où ce pouvoir absolu fut représenté.

Dans la galerie des glaces, espace clé du château, la peinture centrale n’est autre que celle portant la légende « Le roi gouverne par lui-même », représentant Louis XIV, la main posée sur le timon d’un navire, seul capitaine à bord du grand vaisseau de l’Etat.

Véritable manifeste politique économique, la galerie des glaces, destinée à créer l’admiration de tous, affiche, aux yeux du monde entier, la grandeur du royaume de France. Ses miroirs, d’une blancheur et d’une taille remarquable pour l’époque, prouvent à Murano et Venise que désormais, les manufactures de verre du royaume, installées à Saint-Gobain, égalent voire surpassent leur artisanat.

Ses peintures délaissent les héros de la mythologie, au profit des exploits, largement exagérés, d’un roi suffisamment sûr de sa gloire pour pouvoir se passer d’Apollon et d’Hercule, les reléguant définitivement au passé.

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Son ampleur inédite pour l’époque et surtout, ses dix-sept grandes fenêtres laissant entrer la clarté et le soleil, font vantent la prospérité du pays ainsi que de la paix dont celui-ci jouit : plus besoin d’épais murs d’enceinte et de donjons, grâce aux fortifications de Vauban, le territoire est désormais en sécurité et l’on peut laisser libre cours aux goûts les plus exquis pour construire de nouveaux palais n’ayant plus à se soumettre aux impératifs de la défense.

Les jardins de Versailles, eux aussi ouverts sur l’infini, à la différence du jardin médiéval, qui était un espace clos, invitent à conquérir la nature lointaine, celle qui n’a pas encore été domestiquée, comme autant de territoires qui se plièrent, tout au long du règne de Louis XIV, sous le joug du pouvoir absolu.

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Credits : Elise Marie Allonas