Néon dans le Néant

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Credits : Ilona Karwinska Enseigne globe d'une agence de voyage sur l'avenue Jerozolimskie à Varsovie.
Credits : Ilona Karwinska
Enseigne globe d’une agence de voyage sur l’avenue Jerozolimskie à Varsovie.
Remis en lumière par l’artiste Ilona Karwinska, les néons de Varsovie illuminaient d’un brin de couleur et de joie les sombres constructions soviétiques de la guerre froide.

Au temps de la guerre froide, lorsque Varsovie, triste et obscure, se trouvait de l’autre côté du rideau de fer, des petits tubes de gaz lumineux offraient une illusion de joie et de bonheur aux polonais étouffés sous le joug soviétique.

Enseignes de cafés, de cinéma, de bibliothèques ou de zoos, ils s’alignaient par centaines le long de la rue Pulawska, lui donnant tous les airs du Strip de Las Vegas : vernis craquelé d’un modèle économique et social en perdition dans la première, ils étaient, au contraire, symboles d’une vie de plaisirs, de jouissances, de décadence dans la seconde.

Culminant au sommet des bâtiments de béton et de tôle, ils attiraient et scintillaient comme une étincelle, un rayon de couleur dans la nuit silencieuse, parodiant le développement et la liberté des villes de l’Ouest et tentant désespérément d’encourager la consommation, sans pour autant tromper personne.

Bien que témoins d’un passé douloureux dont les séquelles, trop profondément ancrées dans la chair de la ville, hantent encore chaque coin de rue, il aurait été dommage de briser à jamais ces souvenirs de lumière qui furent autant de sources de couleurs, dans ce paysage de désespoir.

On ne peut, en effet, que leur reconnaître un indéniable potentiel artistique, nourri du savoir-faire hérité d’une longue tradition polonaise de travail du néon, du fer forgé et du graphisme depuis les années 30. Mêlant design typographique et éléments figuratifs, les néons de Varsovie rassemblent une incroyable variété d’expression et de style.

C’est ainsi que, non sans créer de controverses, l’artiste britannique d’origine polonaise, Ilona Karwinska s’est portée au secours de ces vestiges d’un environnement graphique révolu, d’un monde disparu, les chinant du fond des arrière-cours, les sauvant d’une volonté prompte à mettre le passé derrière elle.

Devant l’immense succès de son exposition « Polish Neon » à Londres en mai 2007, Ilona Karwinska a décidé de consacrer, à Varsovie, un espace entièrement dédié à ces emblèmes de la guerre froide : le Neon Muzeum.

Une perspective artistique unique et extraordinaire, doublée d’un travail de préservation des trésors d’un patrimoine dont le halo lumineux a du, maintes fois, tirer de leur morosité, pour quelques secondes d’émerveillement, ceux que la guerre froide avait rendu prisonniers.

NEON MUZEUM :

NEON MUZEUM

UL. Minska 25

Soho Factory – Building 55

03-808 VARSOVIE

http://www.neonmuzeum.org/

LIVRE :

Polish Cold War Neon – Ilona Karwinska

Polish Neon: Cold War Typography and Design tells the fascinating story of neon in Poland by preserving and celebrating the remnants of this rich and influential history. Comprising archival and contemporary photographs of these mesmerizing signs, as well as original designs and interviews with the designers, this book reveals an untold story of Poland and how a communist bureaucracy helped shape the future of graphic design and typography.

Credits : Ilona Karwinska Enseigne du zoo de Wroclaw en Silésie.
Credits : Ilona Karwinska
Enseigne du zoo de Wroclaw en Silésie.

 

Epiphanie de la banalité – William Eggleston

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Apparu dans les années 20 aux Etats-Unis, le tube à Néon devient très vite la matière phare des enseignes commerciales et autres panneaux publicitaires. Les couleurs criardes de William Eggleston renvoient à cette source lumineuse, froide et vibrante laissant une atmosphère étrange se répandre à travers ses clichés.

 

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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

 

Des fast-foods, drive-in, motels au bord de l’autoroute. Un supermarché, un téléphone, une grand-mère à la coiffure bien soutenue. Un verre de limonade ou une affiche publicitaire. Des sujets d’apparence prosaïques.

Et pourtant.

Un sentiment étrange d’ennui et d’élévation. Les personnes paraissent vides d’enthousiasme au milieu de ces lieux aux allures consuméristes. Une atmosphère fantasmagorique semble se poser sur des scènes quotidiennes. L’œuvre photographique d’Eggleston interroge et mystifie le réel par la manipulation des résonnances de couleurs et des cadrages originaux. Les reflets fuchsias des néons imprègnent le paysage américain, étendu et silencieux. Le soleil d’or du sud des Etats-Unis intensifie les briques saturées et la peau tannée des jeunes filles. Les plans légèrement obliques et rapprochés sur des objets  ordinaires (téléphone, enseignes lumineuses, ampoule,…) nous laissent dubitatifs. L’idée du photographe est-elle de transfigurer la fonction première de ces objets ? Cherche-t-il à révéler une beauté qui leur seraient propres et que nous ne verrions pas par ailleurs ? Ou au contraire, veut-il dénoncer la futilité de cette modernité ? Il n’en demeure pas moins que l’on s’interroge.

William Eggleston, Untitled (Frontier Sign) from Lost and Found, 1965-1968
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Né en 1939 dans le Tennessee, William Eggleston est aujourd’hui connu comme l’inventeur de la photographie couleur. C’est en 1976 que le Moma lui offre sa première exposition. Celle-ci fait scandale. La photographie couleur jusque là réservée à la publicité et considérée comme vulgaire, n’avait jamais figuré dans un musée. De nombreux photographes contemporains suivront sa démarche par la suite sans pour autant réussir à recréer sa colorimétrie criarde obtenue par le biais d’une technique  qui demeure encore mystérieuse.

Les photographies de William Eggleston ont inspiré de nombreux photographes contemporains tels que Martin Parr, Nan Goldin, Jeff Wall ou encore Juergen Teller ainsi que des cinéastes américains à l’instar de Gus Van Sant et David Lynch. Il a récemment été récompensé de l’Outstanding Contribution to Photography award décerné par l’Organisation Mondiale de la Photographie (WPO).

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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
Untitled, Greenwood, Mississippi, 1973
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Retrouvez la biographie et l’actualité de William Eggleston sur https://www.artsy.net/artist/william-eggleston