Epiphanie de la banalité – William Eggleston

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Apparu dans les années 20 aux Etats-Unis, le tube à Néon devient très vite la matière phare des enseignes commerciales et autres panneaux publicitaires. Les couleurs criardes de William Eggleston renvoient à cette source lumineuse, froide et vibrante laissant une atmosphère étrange se répandre à travers ses clichés.

 

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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

 

Des fast-foods, drive-in, motels au bord de l’autoroute. Un supermarché, un téléphone, une grand-mère à la coiffure bien soutenue. Un verre de limonade ou une affiche publicitaire. Des sujets d’apparence prosaïques.

Et pourtant.

Un sentiment étrange d’ennui et d’élévation. Les personnes paraissent vides d’enthousiasme au milieu de ces lieux aux allures consuméristes. Une atmosphère fantasmagorique semble se poser sur des scènes quotidiennes. L’œuvre photographique d’Eggleston interroge et mystifie le réel par la manipulation des résonnances de couleurs et des cadrages originaux. Les reflets fuchsias des néons imprègnent le paysage américain, étendu et silencieux. Le soleil d’or du sud des Etats-Unis intensifie les briques saturées et la peau tannée des jeunes filles. Les plans légèrement obliques et rapprochés sur des objets  ordinaires (téléphone, enseignes lumineuses, ampoule,…) nous laissent dubitatifs. L’idée du photographe est-elle de transfigurer la fonction première de ces objets ? Cherche-t-il à révéler une beauté qui leur seraient propres et que nous ne verrions pas par ailleurs ? Ou au contraire, veut-il dénoncer la futilité de cette modernité ? Il n’en demeure pas moins que l’on s’interroge.

William Eggleston, Untitled (Frontier Sign) from Lost and Found, 1965-1968
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Né en 1939 dans le Tennessee, William Eggleston est aujourd’hui connu comme l’inventeur de la photographie couleur. C’est en 1976 que le Moma lui offre sa première exposition. Celle-ci fait scandale. La photographie couleur jusque là réservée à la publicité et considérée comme vulgaire, n’avait jamais figuré dans un musée. De nombreux photographes contemporains suivront sa démarche par la suite sans pour autant réussir à recréer sa colorimétrie criarde obtenue par le biais d’une technique  qui demeure encore mystérieuse.

Les photographies de William Eggleston ont inspiré de nombreux photographes contemporains tels que Martin Parr, Nan Goldin, Jeff Wall ou encore Juergen Teller ainsi que des cinéastes américains à l’instar de Gus Van Sant et David Lynch. Il a récemment été récompensé de l’Outstanding Contribution to Photography award décerné par l’Organisation Mondiale de la Photographie (WPO).

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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
Untitled, Greenwood, Mississippi, 1973
Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York
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Photo credit: © Eggleston Artistic Trust. Courtesy Cheim & Read, New York

Retrouvez la biographie et l’actualité de William Eggleston sur https://www.artsy.net/artist/william-eggleston

L’invitation du Néon

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Credits : Pete Angritt; Signs orginally built by Young Electric Sign Co. (YESCO)
Credits : Pete Angritt; Signs orginally built by Young Electric Sign Co. (YESCO)

US 93 – Cette route était interminable. L’obscurité se laissait glisser sur les roches rouges de l’ouest américain, caressant délicatement leurs sillons, et le ciel s’enflammait lentement, rivalisant avec la couleur de feu du sable désertique.

Lorsque tout fut plongé dans l’obscurité, il ne restait plus, pour seul compagnon dans ce grandiose écrin naturel, que cet immense ruban de goudron illuminé  qui s’élançait vers l’avant sans jamais que l’on ne puisse en voir la fin.

Les heures passaient, les musiques et leurs rythmes changeaient, mais le paysage demeurait intacte, immobile, telle une monotone litanie, berçant les passagers et guettant leur fatal sommeil.

Dans ces terres indiennes, plus de villes, plus de lumières urbaines étincelantes, accueillantes et rassurantes. Juste du désert, des canyons, des chevaux sauvages, et quelques bidonvilles parsemés çà et là, rappelant tristement la lancinante condition de ceux qui, il fut un temps, arpentaient fièrement, montés sur leurs chevaux tachetés, ces steppes arides du far ouest aux trésors, mystères et légendes jalousement gardés.

Puis soudain, au loin, une fête colorée de néons rassemblés, un point que l’œil ne peut manquer.

Jaillissant de l’horizon tel un feu d’artifice maîtrisé, attirant, dans le halo de sa luminosité, les voyageurs las et épuisés, le néon est comme une promesse d’humanité.

La promesse que cet îlot, certain, mais pour l’œil encore lointain, abrite une âme à qui parler, un coin de réconfort où se blottir, un sandwich, ou plutôt, aux Etats-Unis, un burger, à dévorer.

La promesse aussi de rencontres étonnantes, pour peu que l’on prenne le temps de s’asseoir et de rester, là, au milieu de nulle part, rassemblés comme des insectes autour d’une irrésistible lumière dans une nuit chaude d’été.

Celle du routier qui, épuisé, traverse le pays, de Chicago à San Francisco, celle de l’indienne dont l’étonnant visage raconte l’histoire, celle encore de l’inconnu qui, ne sachant plus vers quel foyer se tourner, est venu dépenser ses derniers quarters, porté par un ultime élan d’espoir, dans une machine à sous bruyante et colorée.

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Inspiré d’un arrêt dans un lieu improbable, quelques dizaines de miles avant Las Vegas, rassemblant un casino, un magasin de feux d’artifices, une station essence et un supermarché uniquement approvisionné en beef jerky et autres spécialités américaines hautement gastronomiques, fréquenté par des indiens, sheriff et autres égarés… « No Fireworks in the gas area », please !

Le néon cheval et cavalier de l'Hotel Hacienda - Neon Museum Las Vegas Fremont Street Gallery. Credits : The sign was designed by Brian Leming and built by Young Electric Sign Co. (YESCO)
Le néon « cheval et cavalier » de l’Hôtel Hacienda – Neon Museum Las Vegas Fremont Street Gallery.
Credits : The sign was designed by Brian Leming and built by Young Electric Sign Co. (YESCO)